We are Anonymous. You are Facebooked

Le 5 novembre 1605 échouait la Conspiration des poudres, une tentative d’attentat d’origine catholique à l’encontre du parlement anglais et de la monarchie anglicane. Le 5 novembre 2011 pourrait se produire l’« Opération Facebook », une vaste attaque cybernétique à l’encontre du plus grand réseau social d’Internet : Facebook.

Derrière cette opération se cachent les « Anonymous », le plus large groupe de hackers de la toile. Avant d’être un groupe d’activistes, les Anonymous sont une masse informe et changeante se réunissant (ou non) pour défendre une cause qu’ils jugent juste ; qu’il s’agisse de la protection de la vie privée, du droit à la gratuité vidéoludique ou d’un soutien formel aux révolutions arabes. N’importe quel hacker peut se revendiquer un jour Anonymous puis refuser de suivre une action du collectif. Seule compte l’opération en cours. Et donc ni frais d’inscription, ni réunions dominicales, ni bulletins d’activités et pas même de journée tartiflette pendant les vacances.

La prochaine cible du groupe est connue : Facebook, le joujou social de Mark Zuckerberg aux 750 millions d’aficionados. « We will not stand for censorship, Facebook… Prepare. », promettent ainsi ces anonymes sur… leur compte Facebook ! « We are being watched by everyone. The second we make our move, it will be known. Expect us, Mark. » La raison de cette opération est l’affirmation que le réseau social vend des informations personnelles à propos de ses utilisateurs aux gouvernements ainsi qu’à des entreprises privées, permettant une publicité ciblée et la surveillance de certains pans de la population. Le groupe pointe aussi du doigt l’impossibilité de quitter Facebook : « Tout ce que vous faites sur Facebook reste sur Facebook quels que soient vos paramétrages de confidentialité. Effacer votre compte est impossible, même si vous “supprimez” votre compte, toute votre information personnelle demeure sur Facebook et peut être restaurée à tout moment. »

« Expect us, Mark. » L’avertissement est lancé. Mais peut-on croire ces menaces issues d’anonymes du village global quatre mois avant les faits ? Oui et non. D’un coté, le compte Twitter officiel des Anonymous a nié l’information : « to press : medias of the world… stop lying ! #OpFacebook is just another fake ! we don’t « kill » the messenger. that’s not our style ». D’un autre côté, cette communauté n’étant pas organisée ni structurée, il est fort probable que des pans de celle-ci s’attaquent quand même à Facebook. De plus, le terme « kill » étant mis entre guillemets, on peut se laisser aller à imaginer une attaque bien réelle du réseau social mais ne visant pas à le détruire. Traduction : quelque chose se passera ou ne se passera pas, provoqué par des anonymes attachés ou non à une communauté plus large, dans le but de détruire ou non un réseau social.

Si la Conspiration des poudres prit fin lorsque fut découvert le complot, l’Opération Facebook n’existe, au contraire, que parce qu’elle a été révélée au grand jour par ses protagonistes anonymes. Le 5 novembre ne s’annonce donc pas obligatoirement comme la fin de ce monde-là, ni même comme une guerre des geeks, mais sera assurément le jour le plus long pour la compagnie de Palo Alto. Seul l’avenir nous dira si l’OpFacebook était un canular. Comme l’annonce le film culte des Anonymous, V for Vendetta : « Il n’y a pas de certitudes, il n’y a que des opportunités ».