Viktor Orban : comment enculer son peuple en 53 pages

Le 1er janvier 2012, la nouvelle constitution hongroise initiée par le premier ministre Viktor Orban entrait en vigueur. Vivement critiquée au sein de l’Union européenne, mais aussi au-delà, elle s’attaque à la liberté de la presse et remet en cause le principe de l’avortement, entre autres mesures rétrogrades. Un constat, à la clé : les Hongrois l’ont bien profond et la démocratie aussi.

Bénis les Hongrois, ô Seigneur ! Lorsqu’on découvre les premiers mots de la nouvelle constitution hongroise, on imagine que ses rédacteurs ont voulu se la jouer scénaristes de James Bond. Les mecs se sont dit : « on va leur en mettre plein la gueule dès le début ! » Bravo, c’est réussi. Pour un pays membre de l’Union européenne, commencer une constitution nationale par un appel à Dieu, il fallait oser. Viktor Orban, le premier ministre, l’a fait et nous a chié cinquante-trois pages d’une « Loi fondamentale » que les Hongrois peuvent d’ores et déjà rouler et s’enfoncer profond.

L’avortement, une lubie de féministe. « La vie du fœtus doit être protégée dès sa conception », dit l’article II. Cette disposition n’étonne pas. Le ministère de la santé hongrois avait lancé en mai dernier une large campagne d’affichage anti-IVG dans le métro de Budapest. L’évêque de la capitale, Mgr János Székely, est aux anges et n’a pas manqué de se palucher sur Radio Vatican en défendant la constitution Orban. Il n’est toutefois pas encore question d’interdire l’avortement, auquel l’opinion publique est largement favorable.

Bénis les Hongrois, ô Seigneur ! Fidesz Orban JanosLa presse bâillonnée. Selon l’article IX, « la Hongrie reconnaît et protège la liberté et la diversité de la presse et assure les conditions de la libre information ». De quoi pisser de rire. La réforme des médias adoptée fin 2010 dévie légèrement de la ligne constitutionnelle : elle instaure un conseil des médias nommé pour neuf ans et composé majoritairement de membres de la Fidesz, le parti de Viktor Orban. Les organes d’information, publics et privés, sont directement mis sous tutelle et la dernière radio d’opposition du pays, Klubradio, s’est vu retirer sa licence. Pour refroidir les petits malins qui voudraient l’ouvrir, deux journalistes dissidents de la télévision publique ont été licenciés suite à une grève de la faim. Putain de gauchistes.

L’indépendance de la Banque centrale en question. La réforme de la banque centrale hongroise inquiète également. Adoptée le 30 décembre dernier au Parlement, elle retire à son président le droit de choisir ses adjoints. Ils seront désormais nommés par le chef du gouvernement, qui pourra y placer ses potes. Une sérieuse remise en question de l’indépendance de la banque centrale par rapport au pouvoir politique, principe inscrit dans le Traité de Maastricht.

À Bruxelles, d’ailleurs, on commence à devenir tout rouge. Si l’article 7 du Traité d’Amsterdam (retrait du droit de vote d’un État membre en cas de violation des valeurs de l’Union) n’est pas encore dégainé, la Commission a envoyé le 17 janvier des lettres de mises en demeure vers Budapest, en forme de premier avertissement. Le lendemain, au Parlement de Strasbourg, Viktor Orban se faisait postillonner dessus par Daniel Cohn-Bendit. « Vous allez dans la direction de MM. Chavez et Castro, et de tous les régimes totalitaires et autoritaires de ce bas monde », éructait l’eurodéputé. Pour calmer le jeu, l’Union a sa petite idée : appuyer là où ça fait mal, par du chantage au porte-monnaie. Déjà fortement endettée, la Hongrie a besoin d’un prêt de 10 à 20 milliards d’euros, qu’assurerait soit l’Union soit le FMI. À condition qu’Orban revienne sur certaines réformes. « Retire tes lois gros facho ou tu peux faire une croix sur ton pognon », aurait lancé Dany le rouge.