VEGA, c’est plus fort que toi

Un vent d’air frais souffle sur la politique liégeoise. Face aux profonds bouleversements que rencontre le monde contemporain, l’heure est plus que jamais à l’invention de modèles de société originaux et aux nouvelles formes de solidarité. Plongeant ses racines dans le socialisme (le vrai !) et la conscience écologique, VEGA (pour « Verts et à gauche ») propose aux Liégeois de se rassembler autour d’une coopérative politique afin de concevoir la chose publique à son plus petit échelon : la commune. Le but ? Imaginer une politique qui réponde aux besoins des « 99 % » et pousser l’imagination au pouvoir lors des élections communales d’octobre. Rencontre avec deux des 130 signataires de VEGA, Cédric Jonckheere et Alain Mariage

Le Poiscaille : Quel est l’élément déclencheur de la création de cette coopérative ?

Cédric Jonckheere : Un certain nombre de personnes impliquées dans le secteur associatif et concernées par l’initiative trouvent difficilement de relais à leur combat dans les programmes proposés par les partis existants. Ici, l’objectif est de produire un programme issu de la société civile de manière participative et coopérative, sans les lourdeurs qu’un parti pourrait imposer. L’exemple typique est celui d’Écolo. Sur la question de la production d’un programme, (1) on ne sait pas comment ils le font, quels sont les liens entre le programme local et le programme global et (2) quels seront les candidats qui le défendront. Au final, le programme est écrit sur un coin de table et découle du processus. Notre objectif est de faire l’inverse.

Le Poiscaille : Pourquoi avoir créé une coopérative et pas directement un parti ?

C.J. : Un des enjeux rencontrés ces dernières années est le suivant : comment dépasser la forme « tout ou rien », qui caractérise l’engagement dans un parti. Nous cherchons plutôt des formes hybrides, plus ouvertes dans lesquelles — en gros — on peut participer en fonction de ses intérêts ou de ses accroches sur un certain nombre de thèmes. L’idée était de faire quelque chose de moins inclusif. La forme de la coopérative nous paraissait intéressante notamment parce qu’elle permettait de dépasser le côté « grande famille » et parce qu’elle mettait l’accent sur la participation active de tous les membres, ce qui est aussi une limite des partis tels qu’ils existent à l’heure actuelle. Soit on est militant investi à temps plein et on a éventuellement quelque chose à dire, soit on est sympathisant et on s’assied sur son siège pour voter tous les cinq ans.

Alain Mariage : Le terme « parti » signifie que l’on entre déjà dans le jeu. On voudrait changer le niveau. L’idée de coopérative nous semblait riche d’un passé et incluait l’idée d’échange, justement.

Le Poiscaille : Combien y a-t-il de signataires à l’heure actuelle ? De quels moyens disposez-vous ?

A.M. : Quand on a démarré, on était une quinzaine et nous voici déjà à 130 signataires.

C.J. : L’enjeu est le parallélisme, c’est-à-dire que chacun puisse travailler individuellement dans un cadre commun. Ce dont on s’est attaché les derniers mois était de poser les bases nécessaires à ce travail parallèle : la structure bureaucratique, c’est-à-dire un secrétariat, une cellule communication et un comité de coordination. Nous n’avons pas de locaux, mais on se voit toutes les semaines, chez l’un et chez l’autre.

Le Poiscaille : Votre projet fait très « post-Indignés ». Y a-t-il des liens entre ce mouvement et vous ?

C.J. : À titre personnel, j’étais assez contre l’idée d’occuper la place Saint-Lambert, mais j’ai suivi parce que ce qui s’est passé en Espagne est l’une des choses qui ont rouvert des horizons en Europe. Les Indignés sont le produit de leur temps. Ils montrent les limites de la particratie traditionnelle et de ce que les partis les plus progressistes proposent. Nous, on dit ce que prônait Écolo à sa fondation, c’est-à-dire l’appartenance à la société civile, la participation, l’ouverture, etc. En Belgique, les Indignés démontrent que la société civile est en complet décrochage des appareils politiques. Entre les deux, il y a une courroie de transmission à imaginer. Les Indignés ne sont pas un bon exemple, car ils ne transmettent rien à la sphère politique. C’est juste un mouvement social et cela demande une traduction politique.

Le Poiscaille : Ils tentaient malgré tout de gérer leurs revendications à la manière des partis…

C.J. : Tout à fait. Chez les Indignés, c’est l’assembléisme, c’est-à-dire la capacité à discuter avec à peu près n’importe qui à propos de n’importe quoi à partir de quelques techniques de gestion de la discussion collective. Au niveau des Indignés, les discussions d’assemblées m’énervent, car il n’y avait pas d’objet politique. C’était une limite du mouvement… En même temps, les techniques d’ouverture sont à notre sens un élément fondamental de la démocratie. L’enjeu est de savoir comment le mettre en place.

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