Une révolution qui sent des Hessel

Les bouquins zinzin

Alors que les campements d’indignés s’essaiment de par le monde, Le Poiscaille a lu pour vous Indignez-vous ! de Stéphane Hessel, le succès de librairie qui a donné son nom aux manifestants espagnols de mai 2011

Publié en octobre 2010, Indignez-vous ! devient très vite un best-seller, un phénomène d’édition même, avec près d’un million d’exemplaires vendus en date de janvier 2011. Il faut dire que cet essai miniature qui culmine à quinze pages de texte est signé de la main d’un ancien résistant français, et ça, c’est déjà un avantage certain pour un succès hexagonal. Stéphane Hessel, à moitié allemand et à moitié français, puisque que la famille Hessel d’origine allemande s’installe à Paris en 1924, est en effet surtout connu pour son engagement de toutes les époques, que ce soit dans la Résistance de la Seconde guerre, pour son rôle actif dans la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, pour sa prise de position en faveur de l’indépendance de l’Algérie, ou que ce soit, plus récemment, sur la question de la Palestine. « Papy Hessel » (93 ans, quand même), comme le surnommait Éric Zemmour 1, a vécu la torture de la baignoire, les camps de concentration, le travail forcé, et les Français sont toujours preneurs d’une personnalité qui viendrait redorer leur blason en rappelant un pan glorieux de leur passé turbulent, d’autant plus que la mode n’est pas à la dorure dans la France actuelle.

Les indignés réclament du changement. « Yes we camp! »

Hessel identifie deux grands motifs d’indignation et défis à relever à notre époque : d’abord, le fossé qui ne cesse de se creuser entre les très pauvres et les très riches, et ensuite, le problème du non-respect des droits de l’Homme et la question de l’état de notre planète. Avec un titre aussi péremptoire que Indignez-vous !, on pourrait s’attendre à un discours sur le même ton, mais il n’en est rien. En se fondant sur son passé de résistant constamment rappelé (il veut situer l’indignation à laquelle il appelle dans l’héritage de l’engagement résistant mais le mieux est l’ennemi du bien et on verse vite dans une sorte de légitimation à répétition), il en appelle calmement aux jeunes de notre époque pour qu’ils prennent position de manière non-violente contre ce qui les indigne. « Dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l’indifférence, dire “je n’y peux rien, je me débrouille” » 2 et plus loin encore « Aux jeunes, je dis : regardez autour de vous, vous y trouverez les thèmes qui justifient votre indignation – le traitement fait aux immigrés, aux sans-papiers, aux Roms. Vous trouverez des situations concrètes qui vous amènent à donner cours à une action citoyenne forte. Cherchez et vous trouverez ! » 3.

Alors, oui, il prône l’indignation, mais dans une vision manichéenne et finalement si superflue qu’elle ne convaincra ni celui qui n’est pas déjà révolté, ni celui qui n’est pas directement concerné par un quelconque motif d’indignation, ni celui qui ne se retrouve pas sans autre solution que l’indignation. Et c’est tellement plus facile de continuer son petit bout de chemin en pensant que d’autres prendront position à notre place et que nos élus sont là pour ça, par exemple. Une quinzaine de pages, c’est vite lu, les radins et les curieux pourront le lire en vitesse dans un rayon de libraire, mais les engagés n’ont pas besoin d’Hessel pour être convaincus du bien-fondé de leurs actions. Sauf pour se trouver un nom, peut-être.

Notes:

  1. bit.ly/l43tiI
  2. Hessel (Stéphane), Indignez-vous ! Montpellier, Indigène éditions, 2010, p. 14
  3. Hessel (Stéphane), Indignez-vous ! Montpellier, Indigène éditions, 2010, p. 16.