Signé Cavanna

Cavanna est mort mercredi. Le journaliste, dessinateur et écrivain français laisse derrière lui un héritage : sa liberté de ton, ses combats contre l’obscurantisme et sa magie rabelaisienne du verbe. Le Poiscaille célèbre la mémoire de l’un de ses pairs

cavanna

Pendant 90 ans il aura trimbalé ses bacchantes allègres et son regard désabusé, à noircir des pages et des pages de sa plume crue, caustique et juste. Cavanna est mort mercredi. La presse francophone est en deuil, en tout cas elle le devrait. Parce que Charlie Hebdo, Hara Kiri et bien d’autres : c’est lui. Les chattes poilues en une : c’est lui. L’humour scato, misogyne, homophobe et autres indélicatesses : c’est lui. Ou plutôt, ce sont eux : ceux qu’on applaudit sans les imiter. Il n’y a pas si longtemps chez Ruquier, Cavanna a confessé : « l’humour est masculin. Il est cruel.  » Effectivement, sans les chattes poilues en une de Hara Kiri, les pages auraient été moins collantes. Mais pas question de se morfondre sur un prétendu âge d’or de l’humour. La nostalgie inspire les plus sombres desseins.

Le droit à la satire

Ils en auront desserré des culs pincés Cavanna et sa bande. Dès sa parution, en 1960, Hara Kiri surprend, amuse et irrite autant qu’il séduit. Alors, quand, dix ans plus tard, le Professeur Choron et Cavanna lancent Charlie Hebdo, en réaction à l’interdiction de publication de leur magazine précédent, ils fédèrent autour d’eux une ribambelle d’agitateurs. Tous animés d’une perpétuelle indignation, d’une irrévérence génétique. Ils adressent leur combat aux fanatiques de toute confession, aux va-t-en-guerre cyniques et plus largement aux conservateurs et libéraux de tous acabits. Il faut voir Choron, Siné, Cavanna, Desproges et Berroyer malmener Bourdier, le pisse-copie de chez Minute. Après le schisme Val en 2008, Cavanna colmate. Il ne quitte pas Charlie Hebdo et occupe même les anciens locaux. Mais il lutte toujours : contre la bêtise dans ses chroniques hebdomadaires, contre sa maladie, sa « salope infâme ». Et il écrit. Cavanna est mort mercredi. Né François, l’Histoire ne retiendra que sa signature.