Round One : FIGHT !

Aspergés par l’autopompe de la police et trempés par la pluie, les ouvriers de la sidérurgie liégeoise ont mouillé leur bleu de travail. Les forces de l’ordre namuroises ont défendu coûte que coûte l’Élysette. De nombreuses échauffourées ont eu lieu suite au barrage bloquant l’accès au Parlement wallon. Et c’est pas un peu d’eau qui va effrayer un poiscailleux, pardi !

« La décision a été prise la veille, lors du conseil des ouvriers », explique Fabrice Jacquemart, directeur communication de la FGTB, bien conscient du bordel que cet attroupement a provoqué. Du lundi 28 au mardi, l’information a circulé parmi les affiliés. Le mot d’ordre a été bien reçu, mais ce rassemblement informel s’est révélé totalement désorganisé. Persuadé que ceux qui arriveraient en train seraient en retard (merci la SNCB), des cars ont été affrétés. Pourtant, sur les réseaux sociaux, il était convenu de se réunir devant la gare à midi. Impatient d’en découdre, le cortège avait déjà démarré à 10h30.

Logique que la volaille ait eu la chair de poule. Peu habituée à recevoir ce bon millier de métallos liégeois, leur stratégie a consisté à barrer le chemin là où les cars devaient récupérer les ouvriers. « D’habitude, ils laissent les gens aller jusque devant les grilles de l’Élysette. Mais cette fois-ci, on a été bloqués à quelques rues de là », déplore Fabrice Jacquemart. Toutefois, Laurence Massiot, responsable communication de la police de Namur affirme que cela constitue « la procédure habituelle en vue de protéger les bâtiments publics ». Résultat ? Un véritable guet-apens. La police a d’abord calmé les esprits à coup d’autopompe. Aqualibi à la sauce namuroise. La réponse a été immédiate : pavés, cannettes et autres objets contondants en guise de réplique.

Sorbet de pavés nappé de matraques

« J’essayais juste de calmer mes camarades, mais ces connards m’ont frappé avec leurs matraques », sifflote George Roland, prépensionné à qui il manque maintenant quatre dents. Clairement, la police n’apprécie pas qu’on leur balance des projectiles à la gueule. Des bagarres éclatent entre les plus excités et qui ceux tentent de calmer le jeu . Les pavés cognent sur les boucliers des robocops. « Chers manifestants, l’arroseuse va être utilisée, veuillez vous éloigner du barrage de police », répète une douce voix féminine dans un mégaphone. Gentil de prévenir. Alors que le puissant jet aqueux éloigne certains, d’autres se réfugient sur la ligne formée par la marée chaussée.

En bref, un sacré bordel. Un ouvrier brandit fièrement un bouclier égaré par les forces de l’ordre. « Gestapo, gestapo », clame la foule en colère. Les heurts vont se prolonger pendant près de deux heures. Tel un match de football américain, les forces d’intervention gagnent centimètre par centimètre. Mais à l’heure du JT, plus qu’une trentaine de déterminés continuent à crier leur colère. Selon Laurence Massiot, 9 policiers ont été légèrement blessés et de quelques vitrines brisées.

Ex aequo ! On remet ça quand ?

Dans les cars, le désarroi est palpable. Le délégué syndical montre le dernier SMS qu’il a reçu de ses supérieurs : « À l’issue de la réunion d’aujourd’hui, les politiques ont compris que Mittal ne vendra pas et que le seul moyen de reprendre l’outil est en l’expropriant. Les politiciens wallons vont mandater le fédéral1 ». Rémi, ouvrier Arcelor de Flémalle, accuse : « Nos politiciens mentent tout autant que Lakshmi. Ils vont comprendre leurs erreurs dans les urnes en 2014. » Il présente ensuite son trophée à George : une matraque. Peut-être celle qui lui permettra de manger de la soupe pour les prochaines semaines. « Quand il s’agit de nationaliser les banques, moins d’une semaine suffit. C’est l’Europe qui pose problème en imposant ses lois », regrette un autre ouvrier. Mais comme l’a dit Didier Smetz, vice-président FGTB Arcelor, « Le combat continue ». Des contacts entre syndicats français, allemands et belges sont en cours. Le second round se déroulera soit à Strasbourg, soit à Luxembourg. D’ici là, George aura le temps de se faire implanter un tout nouveau dentier.

Un reportage de Mike Pops

1 Le communiqué de presse du Gouvernement Wallon suite à cette réunion de ce 29 janvier.