Rouche de colère

Au Standard, rien ne va plus. Les supporters organisaient une manifestation anti-Duchâtelet (président du club) le 27 juin dernier pour lui dire d’aller voir ailleurs / se faire foutre. Pourquoi ? Parce que, apparemment, c’est une « salope ». À la fois dubitatifs et curieux, on a voulu savoir à quoi ressemblerait un cortège de supporters en colère. C’est la sortie culturelle du mois.

Souvenez-vous, il y a quelques numéros de cela, Le Poiscaille sortait un dossier spécial Standard. À l’époque, on évoquait le leitmotiv du président Dûchatelet : « Le pognon avant la passion. » Depuis ? C’est encore pire. Louis Smal, président du regroupement de clubs de supporters « La Famille des Rouches » a démissionné de son poste d’administrateur du club, Rednic, l’entraîneur aux résultats plus qu’honorables, n’a pas été reconduit. Et Duduche ? Il s’est fait plaisir en retirant 20 millions de la caisse. Tranquille. Du coup, pour la manifestation de supporters, à l’occasion du business-meeting qui avait lieu au stade avec les partenaires du club, le boulevard Ernest Solvay à Sclessin était noir de monde, habillé en rouge et blanc. Sur les t-shirts, le message est clair : « Duchâtelet casse-toi – Duchâtelet Buiten ! Le Standard est à nous ! » En arrivant à hauteur du stade, deux flics passent à moto devant un groupe de supporters qui lance un « Alerte aux gogols ». Ambiance. La manifestation doit partir du parking en face de Ferblatil et revenir jusqu’au stade. L’excitation de pouvoir gueuler les chants anti-duduche se fait de plus en plus sentir.

You’ll Never Walk Alone

C’est parti ! Dans le cortège, un supporter remarque subtilement qu’« on se croirait à une manif d’Arcelor ». Un pétard toutes les trente secondes. Sur les banderoles quelques slogans bien pensés : « R.D. casse-toi », « Ici c’est la sueur, pas le pognon ». Une finesse qui se retrouve dans les chants : « Rolaaaand tu es une saloooope ! » Tous les ingrédients d’une bonne manif sont rassemblés : bières, pétards (qui se fument) et fumis (aussi appelés, dans le jargon policier, « engins pyrotechniques », ça fait plus chic). Enfin arrivés au stade, les grilles commencent à trembler. Certains passent, d’autres restent en retrait, sans savoir quoi faire. Un supporter tente le tout pour le tout et essaye d’escalader la billetterie. Il échoue mais réussira tout de même à tordre la gouttière. Pas de petite victoire. « Tu es làààà pour le pognon, on est là pour le blason. » « Roland, Roland, on t’encule. » «  Tous ensemble, tous ensemble, hé, hé ! » Les chants s’enchaînent et ne se ressemblent pas. On entend au loin Didier Stevens de la « Famille des Rouches » qui appelle au calme. « Allez les gars… » S’il vous plaît… Le chef de la sécu a bien compris que ça ne servait à rien, il finira par ouvrir lui-même les grilles du stade. Envahissement de terrain, 5000 selon les organisateurs, 50 selon la police. Ceux présents au business-meeting, dont certains joueurs, observent derrière leur vitre en plexi tout en finissant leur repas. Sympa le spectacle. Mieux que ce qu’on voit d’habitude sur le terrain ! Pendant ce temps-là, Duchâtelet s’est apparemment barré, juste après son speech. Quand la délégation de supporters arrive, aux alentours de 19 h 45, il a disparu. On leur expliquera qu’ils étaient « en retard sur le timing ».

duchduch

Blason, gazon et Luzon

En tribune et sur la pelouse, les supporters continuent de chanter, de faire craquer des fumigènes et des pétards. L’ambiance est franchement chaleureuse. Aucune dégradation, si ce n’est quelques opportunistes repartant avec des pots de fleurs. « Ah non ! c’est du vol ça », commentera un rabat-joie. Envahir le terrain oui, piquer les fleurs, non. Et maintenant quoi ? Toujours aucune intervention policière. Les malins, ils les laissent faire. On apprendra plus tard qu’il y aurait tout de même eu une vingtaine de flics en civil parmi les manifestants. Au bout de dix minutes, les panneaux publicitaires servant aux interviews d’après-match se retrouvent au milieu du stade et chacun fait sa petite photo souvenir. Bienvenue chez Disney Duducheland. À l’extérieur, les partenaires et les joueurs sortent pour faire coucou. Du grand n’importe quoi. Les chants haineux anti-Duchâtelet se transforment en acclamations. Et soudain : « BOOOUUUH. » C’est Guy Luzon, le nouvel entraîneur, qui sort. Le type est pas bien. Une semaine qu’il est arrivé et il se fait déjà cracher dessus. Fallait pas l’inviter. À la fenêtre, on aperçoit des supporters qui finissent les restes du buffet. Des joueurs leur servent même à boire ! À peine 1 h 30 après le début de la manif, le stade se vide dans le calme. C’est l’heure d’aller boire une dernière bière pour la route. Ils sont venus, ils ont envahi, ils sont repartis. Et visiblement la pression a été assez forte puisqu’à l’heure d’écrire ces lignes, Duchâtelet est « prêt à entamer des négociations de reprise ».