Raoul est Debouw

Que pense le PTB de la Corée du Nord ? De Mao ? De Cuba ? Les positions du parti à la gauche de la gauche ont souvent créé la polémique. Depuis quelques années, le PTB se veut plus pragmatique dans son programme, moins dogmatique sur les régimes en place. Qu’en est-il réellement ? C’est ce qu’on a voulu demander à Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB et tête de liste aux prochaines communales liégeoises

Le Poiscaille : Qui sont les modèles du PTB ? Chavez, Lénine ?

Raoul Hedebouw : On n’a plus de modèles. Le PTB doit adapter ses solutions à la Belgique d’aujourd’hui. Je crois que c’est ça le problème de la gauche de gauche, c’est d’avoir tiré des recettes à gauche et à droite. C’est la grosse différence entre le passé et le présent du PTB. Avant, si quelqu’un nous avait dit « Mes chiottes sont bouchées », on lui aurait répondu « Fais la révolution, camarde ». Je caricature à peine. Il faut redevenir beaucoup plus pragmatiques.

Le Poiscaille : Voter PTB, ça ne veut plus dire voter Mao ?

R.H. : Non, ça, c’est clair. Voter PTB, ça veut dire voter Raoul. (rires)

Le Poiscaille : Vous êtes en train de tourner une page importante de l’histoire du PTB. Vos positions sur les régimes de Cuba, de Corée du Nord et de Chine ont-elles aussi évolué ?

R.H. : Le PTB refusera de rentrer dans la vision noir/blanc que les médias essaient d’imposer sur les relations internationales. On ne rentrera pas dans ce jeu-là. Oui, les pays émergents sont en train de revendiquer leurs droits. Oui, le commerce ne se fait pas qu’avec l’Europe. Oui, ces pays s’affranchissent de l’Occident. Oui, il y a des villes qui veulent devenir capitales mondiales.

Le Poiscaille : Ce n’est pas vraiment ce qui leur est reproché…

R.H. : Les caricatures qu’on fait de ces pays-là ne nous conviennent pas. On prépare des caricatures et puis on se lance dans des guerres. Ici, on se focalise sur la Syrie, mais il y a 150 pays dans lesquels la situation est aussi grave. Pourquoi n’en parle-t-on pas ? Tout simplement parce qu’on ne prépare pas d’interventions armées là-bas. Ce que je dis : la Chine aux Chinois, la Libye aux Libyens, etc. Que l’Occident et l’Otan arrêtent de se croire investis d’une supériorité « droits-de-l’Hommiste ». On a des leçons à donner en droits de l’Homme ? C’est quand même l’Europe qui a créé le nazisme… C’est nous qui avons créé les pires génocides. Les États-Unis vont faire la leçon… ? Ils sont nés sur le génocide indien…

Le Poiscaille : Peut-on laisser une nouvelle nation naître sur un génocide ?

R.H. : Non, mais je ne pense pas qu’il y ait de génocide dans ces pays-là. Le problème dans les médias dominants est qu’ils ne sont pas nuancés là-dessus. Le mot « génocide » est tombé ! Ah, donc tu as le droit d’intervenir partout ! La France est liée au génocide du Rwanda, il y a plein de documents qui le prouvent. Le PTB refuse de s’inscrire dans ces caricatures, la réalité est beaucoup plus complexe. Que ce soit en Chine ou au Brésil, il y a des choses dont on peut s’inspirer. Cuba – où j’ai vécu deux ans –, par exemple, n’est pas une dictature. Je suis d’accord avec Mélenchon là-dessus. J’y ai vu des gens s’engueuler comme du poisson pourri, ça faisait du bien de voir une démocratie aussi active. Est-ce que tout va bien là-bas pour autant ? Non, ce n’est pas ma vision non plus.

Le Poiscaille : Il y a quelques années votre discours aurait été…

R.H. : Beaucoup plus dogmatique ? Oui on aurait voulu faire un copier-coller. Cela ça date de 7 ou 8 ans, oui il y a clairement un renouveau de nos positions.

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