#NUITDEBOUT à Liège : c’est ce week-end (ou peut-être jamais)

Tribune libre accordée à Pierre-Yves Hurel au titre de citoyen, ne représentant ni la Nuit Debout, ni Le Poiscaille.

« C’est beau ce que je vois ce soir. » À toutes les assemblées générales de Nuit Debout, on entend la même sidération : il semble en effet possible que des gens qui ne se connaissent pas décident de se rassembler pour causer politique – et éventuellement d’actions concrètes à mener. Alors même qu’on dit la société endormie, le peuple blasé, les travailleurs sur les rotules. Alors même qu’on nous sert à toutes les sauces que voter est le seul moyen de changer les choses. Et je ne parle pas des « ça ne sert à rien, ça blablate » des plus cyniques d’entre nous qui se contentent de regarder tout sous l’angle déculpabilisant de l’efficacité potentielle. Il ne s’agit pas de dire que « tout le monde il est beau » sur cette place, mais d’accorder sa chance à un mouvement social qui repose sur les épaules de chacun.

« Il faut éviter l’entre-soi ! » Samedi dernier, voir entre 200 et 300 personnes rassemblées à tendre l’oreille pour écouter la petite sono de l’AG ou aller rejoindre des commissions aux thématiques plus précises, en effet, c’était beau. En semaine, une quarantaine d’irréductibles ont tenu la place pour préparer ce week-end. Jeudi, place Saint Léonard (où, pour le coup, on était une bonne soixantaine), on pouvait sentir l’attente un peu angoissée du week-end : est-ce que les gens viendront ? Quand on chuchote une idée à un voisin sur ce qu’il faudrait faire pour ramener du monde, celui-ci ne manquera pas de répondre : « T’as raison, vas le dire au micro. » Ce renvoi constant à nos propres capacités et responsabilités, il est inconfortable, mais foutrement formateur.

« Ce qu’il nous faut, c’est du contenu ! » Regarder un type qui cause au micro, ça ne tient pas pendant quatre semaines. Il est urgent que les Liégeois(es) sympathisants du mouvement se mobilisent et y proposent des activités : des débats, des ateliers, des projets, des actions. Les militants de longue date sont refroidis par la fin catastrophique de l’expérience des indignés liégeois et trente ans à pisser dans des violons. Comme à Paris, la pérennité de l’opération ne dépendra pas des activistes certifiés, mais des gens dont les mains tremblent parce que c’est la première fois qu’ils prennent le micro publiquement. Vous pouvez remettre votre cynisme à lundi, il sera toujours là. Nuit Debout, par contre, personne ne le sait.

Deux membres du Poiscaille proposeront ce vendredi 15 à 20h un atelier d’éducation aux médias. Au programme : discussion sur les notions de neutralité et d’objectivité, apport de quelques notions journalistiques sur l’accroche, l’angle, le ton, etc. et discussion sur base des journaux du jour sur la rhétorique et le cadrage des débats.