Nous, on n’est pas des Arabes !

Un petit pas en arrière pour le vieux continent, un pas de géant vers la démocratie pour les pays arabes. Le jour où l’Europe prit un coup de vieux en regardant ses voisins du sud

À l’heure où les dictateurs arabes tombent comme des feuilles en automne et que les révolutions de jasmin se propagent comme des nappes de pétroles, il est parfois bon de rappeler que tout le monde ne veut pas de la démocratie. Chassons cette idée reçue d’un idéal démocratique commun, amenant paix et fraternité sur son passage. À l’heure où le FN français refait parler de lui, où l’on découvre qu’il existe des vrais et des faux Finlandais et où la Belgique semble toujours plus proche d’une implosion régionaliste, veut-on vraiment de cet idéal de paix et de fraternité que recherchent tant de maghrébins ?

La Hongrie a trouvé la réponse. Sa réponse. Goodbye, « république d’Hongrie », et bonjour « Hongrie » ! Loin d’être un simple changement de dénomination, la perte de la république hongroise est un tournant politique et constitutionnel pour l’État qui dirige actuellement l’Europe.

Le pays, dirigé depuis mai 2010 par le très à droite Viktor Orbán, vient ici de faire un grand pas en avant vers l’auto­ritarisme, une tendance annoncée depuis de longs mois maintenant. Là où les Libyens se battent pour leur liberté, les Hongrois (ou plutôt le parti Fidesz, le parti du premier ministre) enter­rent volontairement la leur. Suite à ce véritable putsch constitutionnel, la nouvelle Hongrie peut (certainement) dire adieu à ses lois sur l’avortement, au mariage gay, à l’égalité citoyenne et à l’indépendance de sa magistrature. Des concepts pour lesquels se battent actuellement les révolutionnaires du nord de l’Afrique. Si la Hongrie a bel et bien inventé le Rubik’s Cube, elle n’a certainement pas inventé les principes de bonne gouvernance.

Et les couilles dans tout ça ?

La Hongrie n’est plus une république. C’est un fait. Et les Hongrois ne sont pas des Arabes, c’est aussi un fait plus qu’avéré. Ils n’en ont ni l’origine, ni la culture, ni les couilles. Car on se bat pour la démocratie en Libye, en Tunisie ou en Égypte. Et on abandonne le combat en Hongrie. Il serait faux de croire que tous les Hongrois sont pro-Fidesz, et donc favorable à cette nouvelle constitution, mais le peuple hongrois se contente de grogner, de râler et de protester sans vigueur face à ce hold-up démocratique… Mais le Hongrois a Dieu de son coté comme mis par écrit dans sa nouvelle constitution. Et donc le Hongrois peut être heureux. Au nom de Dieu et de saint Étienne.

L’Europe s’est longtemps targuée d’être un modèle démocratico-économique pour bien des pays d’Afrique. Il semblerait que ce soit maintenant elle qui doive apprendre de son voisin. Et de mettre un peu d’eau au jasmin dans son vin européen. La démocratie est en marche ! Marche avant pour certains, arrière pour d’autres…