PEGIDA et son pedigree liégeois

Vendredi dernier, le quotidien La Meuse annonçait qu’une autorisation de manifestation avait été introduite auprès de la Ville de Liège. Quoi de plus banal si ce n’est que cette demande provient du mouvement anti-islam PEGIDA (Patriotes Européens Contre l’Islamisation de l’Occident). En attendant la réponse des autorités communales, décryptons qui se cache derrière cette « sympathique  » mouvance.

PEGIDA se proclame comme une réaction citoyenne face à l’islamisation soi-disant grandissante en Europe. Très présent en Allemagne, de nombreux clones tentent de faire surface dans d’autres pays avec souvent moins de succès. Ici, en Belgique, le Liégeois Lionel Baland essaye d’imposer son islamophobie à la Cité Ardente. Il menace d’organiser, avec ou sans autorisation, un rassemblement devant la gare des Guillemins le 21 novembre prochain (à la base, il voulait se rendre Place Saint-Lambert mais le bourgmestre Willy Demeyer l’a directement refoulé : faut bien monter le marché de Noël).

Du côté du cabinet du bourgmestre, on nous annonce qu’ « effectivement, une demande a été formulée par M. Baland en date du 4 novembre. Les services de police examinent les risques et une réponse arrivera dans les jours à venir. Mais laissons-leur le temps d’évaluer de façon sereine la situation et de rendre un avis approprié ».

La tête de l’emploi

Selon le profil LinkedIn de Lionel Baland, ce joyeux idéologue a commencé sa carrière comme journaliste début des années 1990 en tant que reporter de guerre pour le journal La Meuse afin de couvrir le conflit en Ex-Yougoslavie. Depuis, il édite des recueils aux titres évocateurs tel que Léon Degrelle et la presse rexiste et Jörg Haider, le phénix. Histoire de la famille politique libérale et nationale en Autriche.

Lionel Baland anime aussi un blog. Il y référence les divers mouvements nationalistes européens et y relaye les infos telles que les manifestations, conférences ou publications des différents partis d’extrême droite du Vieux Continent. Sans oublier qu’en parfait trilingue, il officie en orateur lors des manifestations PEGIDA en Allemagne. Un conseiller communal Ecolo nous confie qu’effectivement « le climat ambiant est propice à l’émergence de telle personnalité aux principes démocratiques plus que douteux » et assure qu’il restera « attentif sur ce dossier ».

Peu de réconfort dans les renforts

Lionel Balland et son blog d’alliance nationaliste renvoie régulièrement vers des liens du Parti Populaire. On peut y constater la publicité de conférences et autres sauteries de ce que certains politologues qualifient de droite extrême. D’ailleurs le parti de Mickaël Modrickamen surfe allégrement sur la crise des migrants afin de conforter son électorat. Fonds de commerce malheureusement rentable en cette triste époque.

Même le Mouvement Nation (association de fait d’extrême-droite connue pour ses nombreuses interventions musclées), qui s’est récemment illustré à Mouscron, ne se veut pas dupe. Un article publié sur le site du mouvement déclare : « Et puis quel est le but de lancer un concept sans organisation, sans membre, sans véritable stratégie… (c’est l’animateur de PEGIDA Liège qui le déclare lui-même aux médias). À moins que tout cela ne se fasse que pour servir les intérêts d’un parti politique… mais il serait plus sain de le dire alors. » Sans toutefois omettre de s’y rendre en annonçant que « si ce rassemblement se fait à Liège, des militants de NATION y participeront mais en laissant les organisateurs devant leurs responsabilités ».

Quand papy ne fait plus de la Résistance

Lionel Baland peut aussi compter sur l’appui d’Edward Franz, président du Parti des Pensionnés. Sur sa page facebook, ce dernier accentue la propagande du mouvement PEGIDA. À travers ce réseau social, il a ouvert la page Agir Ensemble et se définit comme un parti politique. Un nouveau venu dans la facho-sphère liégeoise fait-il son apparition dans le paysage politique communal ? Quoi qu’il en soit, et selon nos sources, cela risque de foutre un sacré bordel en Cité ardente, qui plus est s’il s’agit de rameuter le peloton anti-émeute pour une bande de bottes noires un samedi matin. Mais, soyons réalistes, il est inconcevable que Willy Demeyer accepte cette manifestation sur son territoire. Idéologiquement, politiquement, le bourgmestre s’est toujours montré hostile à ce type d’évènement. Alors, Willy No Pasaran ?