Liégeois, il faut qu’on parle !

Depuis décembre, on le sait : le numéro de janvier sera le dernier Poiscaille… avant une reprise, on l’espère, sous les acclamations de la foule en délire. Depuis le 7 janvier, on se demande comment expliquer aux gens qu’on n’est pas d’horribles enfoirés qui profiteraient du drame à Paris pour appeler au don. On n’a pas trouvé mieux, alors voilà : on est dans la merde, mais ça n’a rien à voir avec Charlie

Il y a des choses qui sont difficiles à dire et qu’on doit lâcher d’une traite : Le Poiscaille est en crise existentielle. En décembre, c’était la réunion de l’Assemblée Générale. « Faisons un tour de table, je voudrais pas m’avancer, mais je crois que ça devient difficile de faire tourner le canard. » Le résultat est sans appel : le noyau dur du journal est fatigué, a le sentiment de porter le projet à bout de bras, depuis qu’ils y sont entrés. Et c’est le cas : tous bénévoles, les journalistes comme les dessinateurs bossent les soirs et les dimanches, pour ce qu’ils espèrent « du bon boulot ». Et du boulot, rémunéré, ils ont fini par en trouver – mais ailleurs. Une date revient : en février/avril (ça dépend de l’histoire qu’on décide de raconter), le journal aura cinq ans. Cinq ans à bouffer ses dimanches, à rogner sur ses soirées, c’est long. Chercher de l’argent, faire des dossiers, des appels, de la publicité, ce n’est ni notre métier, ni notre passion. Alors les mois passent, on se vautre dans le plaisir direct : écrire, dessiner, réunioner, festiviter. Aujourd’hui, le plaisir n’est plus aussi intact. Vous n’avez sans doute pas tous les éléments pour mesurer l’émotion, mais croyez-le : ce constat nous consterne et nous terrifie. Plusieurs décisions sont prises rapidement : on sortira le numéro de janvier en retard – impensable de sortir un numéro, « peut-être le dernier », qu’on estimerait à moitié moyen. Et puis, après ce n°42, nous ferons une « pause » pour nous consacrer exclusivement à la recherche de moyens.

Alors, cher Liégeois, on n’a pas envie d’arrêter, nous, mais on n’en peut plus de continuer sans toi. Nos 180 abonnés ont choisi de risquer 20 euros dans une aventure et ils nous font survivre. Mais c’est probablement 1000 qu’il nous en faudrait, pour engager une première personne, par exemple. Ces 1000 gaillards, on sait qu’ils existent : ils nous disent tous de continuer, que c’est bien, que ce genre de presse locale doit exister. Mais ils ne s’abonnent pas. Liégeois, il faut qu’on parle. Soit depuis le début, tu ne nous dis pas tout, tu n’es pas totalement sincère sur ta relation avec nous – et alors il va falloir nous répondre par un silence qui va nous foutre une méchante claque, mais qu’on encaissera. Soit tu n’as pas compris jusque-là qu’il est des gestes et des tendresses qui font vivre une relation – et alors, je t’en prie, apprends vite avant qu’on ne crève.