Le trio de la lose

En France, le grand cirque de la présidentielle bat son plein. Les clowns lancés dans l’aventure s’affrontent à grands coups de tartes à la crème avec en ligne de mire le premier tour du 22 avril. Certains, pourtant, rament pour réunir les 500 signatures d’élus nécessaires pour valider leur candidature. S’il ne donne pas cher de leur peau, Le Poiscaille met en lumière trois d’entre eux, de l’extrême gauche à la droite des campagnes

Philippe Poutou, l’ouvrier-candidat-bisounours

De tous les candidats déclarés à la présidentielle, il est peut-être le moins veinard. La faute à qui ? À Papa Poutou, qui lui a légué ce nom ridicule. C’était écrit, le petit Philippe allait galérer dans la vie. Mais toutes ces heures à suer pour se faire une crédibilité dans le monde syndicaliste avec un nom de Teletubbies n’auront pas été vaines. Après le retrait-surprise de Besancenot, la bête médiatique, il représentera l’écarlate Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) lors de l’élection. Tranquillement calé à 0 % d’intentions de vote, Poutou jongle entre la campagne et son boulot de mécano dans une usine Ford près de Bordeaux. Et quand Sarkozy propose un référendum sur les droits des chômeurs, lui, prône l’interdiction des licenciements, la semaine de 32 heures et le salaire minimum à 1 600 euros. Oui, Poutou vend du rêve. Le rêve d’un pays merveilleux où des feignasses surpayées s’unissent pour enfiler le grand patronat à sec dans une orgie révolutionnaire. Votez Poutou ! Pour un monde où les patrons restent debout.

Corinne Lepage, la pomme verte

Elle est l’autre candidate écologiste de la campagne. Quand les médias se focalisent sur Eva Joly qui s’en prend plein la tronche de tous les côtés (en même temps, avec son accent à la con, elle l’a bien cherché), on entend peu parler de Corinne Lepage. Ancienne ministre de l’Environnement sous Chirac de 95 à 97, elle participe en 2007 à la fondation du MoDem, le parti centriste de François Bayrou. Après trois ans à supporter des blagues sur les tracteurs, elle craque et part se consacrer à son mouvement écolo, Cap21, créé en 1996. À l’instar d’Eva Joly, ancienne juge d’instruction, Corinne Lepage vient du monde de la justice. Elle est avocate spécialisée dans le droit de l’environnement. À croire que l’écologie dans cette campagne est affaire de gonzesses en robe noire à épitoge. Lepage tente pourtant de se démarquer et souligne sur France 2, mi-février, que « l’écologie a besoin d’un avocat et non d’un juge ». Elle a surtout besoin d’un candidat crédible, et pour ça, on repassera.

Frédéric Nihous, un chasseur sachant chasser

Le comique de ces présidentielles. Tout droit sorti d’un sketch des Inconnus, Frédéric Nihous représente la bonne France qu’on aime. Celle de la chasse entre potes, de la belotte, du pinard et du frometon qui sent les pieds. Bref, sa campagne pour Chasse, Pêche, Nature et Traditions (CPNT) repose sur un seul mot d’ordre : la ruralité. Ch’ti d’origine polonaise par sa mère et flamande par son père, Frédéric Nihous en a ras la casquette à rabat que ses amis bouseux et lui soient « les grands laissés-pour-compte » des politiques publiques. Mais Nihous est avant tout le chasseur le plus connu de l’Hexagone. Il défend sa passion bec et ongles. Il va jusqu’à faire des rêves où, affublé de son plus beau gilet fluo, il bute un sanglier à la tête d’Eva Joly. Sa vraie cible ne vit pas dans les bois. Son combat, il le mène contre ces « écologistes extrêmes » qui veulent imposer une écologie « punitive ». Punitif, comme le score de Nihous à l’élection de 2007, quand il côtoyait les sommets avec 1,15 % des voix.

Article publié en page 11 du Poiscaille n° 19.