Le café politique en dix citations (+ Bonus !)

Pourquoi qu’on vote en mai ? La N-VA va-t-elle tous nous pendre ? La gauche a-t-elle disparu ? Ce ne sont que quelques-unes des questions soulevées par le café politique organisé ce lundi 3 février au Cinéma Sauvenière. Parmi les challengers : Jean Faniel (CRISP), Pierre Verjans (Politologue à l’ULg), Olivier le Bussy (journaliste politique à La Libre) ; le tout modéré par Jérome Jamin (ULg). Petite sélection

1) « De quoi il parle là ? » (Le Poiscaille)

Le débat part sur les chapeaux de roues : et vas-y que ça se perd dans les rouages du fédéralisme, et vas-y que je te mets de la réforme institutionnelle à toutes les sauces. Tandis qu’une partie de la salle opine du chef silencieusement, l’autre a l’air d’avoir paumé le fil, comme l’illustre cette remarque du public : « Ce que vous venez de dire n’est pas compréhensible par le commun des mortels. Il faut des décodeurs. » Et en haut débit, SVP.

2) « Y a-t-il eu un accord tacite des partis francophones pour ne pas annoncer aux électeurs du Sud la volonté de détricotage de la Belgique, courante au Nord ? » (Jérome Jamin)

Réponse de Pierre Verjans : « Après 2007, parmi les électeurs, personne n’a compris le blocage institutionnel. Les Flamands ont demandé des réformes de l’État, les partis francophones disaient juste : « Non, non pas maintenant … » C’était l’incompréhension complète du côté francophone, puisque les populations n’étaient pas tenues au courant. Et côté néerlandophone, on ne comprend toujours pas pourquoi ce qui a été demandé en mars 99 n’est pas sur la table. (…) Actuellement, il y a une volonté de montrer l’autre côté du pays, des deux côtés. Ce ne sont pas les acteurs politiques qui l’ont fait mais les médias. C’est déjà un signe d’évolution. »

3) « Quand je dis que je suis belge, les gens sont très intéressés… Bon, quand je dis que je suis wallon, ils sont un peu déçus. » (Olivier le Bussy)

Expérience vécue par le journaliste de La Libre pendant l’un de ses voyages en Catalogne (la région espagnole étant elle aussi traversée par un fort courant indépendantiste). Forcément, la situation du plat pays, ça intéresse. Mais faudra peut-être expliquer aux Catalans que le rapport de force, côté Belge, n’est plus vraiment le même.

4) « Le parti qui a le plus marqué cette législature, c’est paradoxalement la N-VA. Quand on regarde les contours de la réforme institutionnelle, le parti est parvenu à influencer la négociation au-delà du 21 juillet 2011, quand il a décidé de ne plus participer aux négociations. » (Jean Faniel)

D’après le directeur du CRISP, « c’est la N-VA qui a le plus influencé la politique du gouvernement, que ce soit sur l’immigration ou le contrôle des chômeurs. De plus, le premier parti de Belgique (27 sièges à la Chambre) a plusieurs fois réussi, avec une majorité alternative, à faire voter certaines lois ». La N-VA en fait, c’est comme ton clebs trempé après une averse : tu te dis qu’il va foutre le boxon à l’intérieur, alors tu le fous dehors. Mais une fois à l’extérieur, il te bouffe ton journal et pisse sur tes tomates. Godverdomme !

5) « Les partis de droite sont les bénéficiaires de la victoire de la N-VA. » (Pierre Verjans)

Le politologue Pierre Verjans a expliqué et complété le propos de Jean Faniel (point 4) en affirmant qu’au sein d’un gouvernement dit de centre-droit, ce sont les partis à droite qui sortent finalement favorisés de la tournure que prennent les débats. A droite, toute ?
NVA-Super-Bowl

6) « A l’heure actuelle, le gouvernement n’a pas de majorité au nord du pays. Ça, pour les Flamands, c’est un déni de démocratie et on ne pourra pas le refaire. » (Pierre Verjans)

Petit rappel de Pierre Verjans qui pourrait sembler anecdotique. Mais qui ne l’est pas.

7) « La N-VA est en train de gagner la guerre de communication. » (Jean Faniel)

Pour Jean Faniel, « la N-VA est le seul parti à axer sa communication sur les propositions politiques, quand tous les autres se laissent aller aux petits jeux de devinettes, concernant les futures alliances entre partis ». En parlant de devinette, on en a une pour vous : je suis au cœur des débats, je fais passer les autres partis pour des cons et j’obsède les politologues. Qui suis-je ? Ay, Caramba, t’as deviné !

8) « Où est la gauche dans ces élections ? On a l’impression qu’elle a disparu. » (Public)

A cette question du public, deux réponses seront apportées. Pour Pierre Verjans, « la distinction gauche/droite disparaît quasiment de la scène politique. On a l’impression qu’il n’y a qu’une voix, technocratique, et c’est celle-là qu’il faudrait appliquer ». Mais pour Jean Faniel, « on a un choix entre des formations qui veulent plus de solidarité (santé, retraites, etc) et, de l’autre, des formations qui veulent plus de contrôle, plus de pression sur les chômeurs. Donc on a, me semble-t-il, un affrontement droite/gauche ». Bon après, c’est vrai qu’avec des mesures comme l’exclusion de milliers de chômeurs des alloc’, c’est pas facile à voir.

9) « Une fois les élections de mai 2014 passées, nous n’aurons plus à voter avant 2018. » (Jean Faniel)

Pour Jean Faniel, «  si les électeurs veulent donner de la voix, c’est maintenant ». C’est dit. 

10) « L’idéal européen est perdu depuis longtemps. » (Olivier le Bussy)

Selon le journaliste de La Libre, « le grand problème de l’Europe, c’est qu’elle ne sait pas se vendre. L’Europe n’arrive pas à nous sortir de la crise, au contraire nous y enfonce. Les gens se demandent pourquoi on leur donne le pouvoir ». Pourtant les mandataires de la Commission, qui, on le rappelle, ne sont pas élus, nous semblent des experts au-dessus de tout soupçon…

Bonus : l’avis du Poiscailleux !

Il est rare qu’un journaliste du Poiscaille aille au café politique avec des pieds de plomb. Le débat, la contradiction, la politisation, l’information : ça nous parle. Et, bon, dans l’ensemble on peut dire que les intentions de ce café politique sont honorables. Mais a-t-on vraiment besoin de ça à Liège ? Ne vaudrait-il pas mieux commencer par vulgariser des débats incompréhensibles pour la majorité d’entre nous ? Les institutions belges et européennes réclament toujours plus d’explications et d’analyses. Le Poiscaille tentera, à son échelle, de répondre à ce besoin.

Au niveau de la Belgique, le débat a été abordé depuis plusieurs points de vue mais retombe systématiquement sur la N-VA et sur les « accords entre partis avant même les élections ». Les élites vont devoir se lever tôt pour nous expliquer qu’il faut aller voter en mai prochain.

Enfin, le niveau européen a été relativement vite balayé dans ce débat ; alors même que, comme le signalait Olivier Lebussy, il serait nécessaire d’enfin parler de quelle Europe nous voulons.