La vie en rosse

Ces cinq dernières années, 202 plaintes ont été déposées à l’Auditorat du travail de Liège. Chiffre que l’on pourrait gonfler si l’on tenait compte de celles réceptionnées dans les commissariats ou chez les conseillers en prévention. Sans parler de tous ceux qui se font taper dessus tous les jours et qui la ferment. Cela fait déjà pas mal de monde. Le Poiscaille vous livre un extrait de son dossier disponible dans le numéro de ce mois et emmène au pays des harcelés découvrir sa brochette de mal-aimés élevés à l’insulte, au dénigrement et/ou à l’isolement

Claudia l’employée d’orphelinat : mail-toi de tes affaires

Lieu de travail : Maison d’accueil pour enfants défavorisés

Bien-être : « Nous travaillons au contact d’enfants et on doit faire en sorte que tout se passe bien pour eux dans la maison d’accueil. On travaille le week-end essentiellement, au moins 10 heures par jour, avec des heures supp’ en plus. Pourtant, le boss nous dit qu’on ne fait rien et qu’on ne sert à rien. »

Le patron : « Le gars qui se prend pour le chef suprême, à qui on n’a rien à redire car sans lui on ne serait rien. Même si tu fais bien ton boulot, il te critique. Mais toujours dans ton dos, avec doigté. Il est con aussi, parce qu’une fois il a envoyé à moi et à deux autres collègues des mails pour nous insulter. C’est la seule preuve qu’on ait contre lui. »

Résultat : « J’ai dû prendre des médicaments et un mois d’arrêt. Mes collègues aussi, mais elles n’ont toujours pas repris le travail. On a été voir une personne de confiance, on ne pensait pas à ce moment-là à du harcèlement. On n’a plus envie de le voir mais en attendant une solution, on fait avec. »

Conclusion : « Cela fait 13 ans que j’y bosse, et cela fait 13 ans qu’il m’emmerde. Mais suite aux mails qu’il nous a envoyés, on a envie de le pousser vers la sortie, qu’il admette son comportement de merde et qu’il dégage. »

Strip

Annabelle l’employée d’asbl culturelle : burn-out girl

Lieu de travail : Une asbl chargée de projets culturels

Bien-être : « C’était implicite que je doive donner de ma personne, que je dise oui à tout. Du coup il est arrivé le moment où il était trop tard pour dire non. Je devais être joignable en permanence. Quand j’entendais le téléphone, j’étais morte de trouille, j’avais peur que ce soit la patronne. Si j’avais le GSM et qu’il se passait quelque chose, c’était ma faute. Le travail en général devait être refait au moins trois fois. »

Le patron : « Elle ne me faisait pas confiance, ne me laissait pas faire mon boulot. Emménagement, laver les toilettes, je ne savais plus ce que je faisais. Humiliée devant les stagiaires, critiques, reproches, ça devenait insupportable. »

Résultat : « Je suis allée au syndicat mais c’était quasi impossible à prouver. Je suis allée chez le médecin et la médecine du travail. Je n’étais pas en état d’être forte à ce moment-là pour porter plainte. “Harcèlement moral”, pour moi, c’était un gros mot. Mais après avoir fait un burn-out, j’ai compris. Cerveau à l’arrêt, incapable d’aligner mes pensées. J’ai cru que j’étais devenue débile. La douleur morale est devenue physique : j’ai du mal à dormir et j’ai mal à l’estomac. »

Conclusion : « Elle a foutu en l’air ma confiance en moi et ma joie de vivre. Et elle n’a toujours rien compris et continue de faire la même chose à d’autres. J’ai un sentiment d’injustice et d’impunité. Je n’ai plus de boulot à cause d’une cinglée. »

Dans Le Poiscaille #28, retrouvez la double-page réalisée par Hélène Molinari, Jean-Philippe De Boel, Sly et Klaus Rotten ainsi que le reste du dossier sur le harcèlement moral au travail.