Joue-la comme Duchâtelet

En 2011, le Standard était racheté par l’homme d’affaires flamand Roland Duchâtelet, 18e fortune de Belgique. Depuis, les mordus des Rouches ont l’impression que le club leur échappe. Bien qu’encore relativement épargné, le Standard ne semble pas pouvoir résister à cette tendance européenne qu’est le foot-business. Décryptage.

« Ce type se croit à Disneyland. » Max, le président des Ultras Infernos 96, n’a pas vraiment apprécié les bruits qui attribuaient au président Roland « Walt » Duchâtelet la volonté d’installer des manèges autour du stade du Standard. C’est qu’une petite révolution se prépare à Sclessin. L’homme d’affaires rachète plusieurs parcelles et bâtiments pour rendre les abords du stade « plus accueillants », selon le responsable de la communication, Olivier Smeets. « Des projets sont à l’étude. Ce pourrait être de nouveaux parkings, des restaurants, des esplanades de jeux, ou l’un ou l’autre manège. » Vivement la foire d’octobre à Sclessin. À terme, un village de supporters, à l’image du modèle allemand ou américain, pourrait voir le jour. De quoi changer radicalement l’ambiance usine sidérurgique-terril-barbecue. Selon Jean-Michel De Waele, spécialiste de l’économie du sport, « on va de plus en plus vers une américanisation du sport : acheter des marques pour les faire prospérer et les revendre ». Une tendance un poil différente de ce que veulent les supporters historiques pour leur club. « Si c’est pour faire des espaces où tu peux consommer gaiement en payant ta chope 2,50 €, c’est pas la peine », confie un ultra inquiet. Si bien des fans en Europe seraient ravis de picoler à ce prix, le Standard semble tout de même se diriger petit à petit vers ce que l’on appelle grossièrement « le foot-business ». Une tendance où le public populaire se fait peu à peu dégager au profit d’un public de spectateurs-consommateurs, au détriment de l’ambiance du stade. Le pognon avant la passion.

Foot business

Prolo Power

« Ce que veut le supporter, c’est garder l’identité du Standard », indique Didier Stevens, de la Famille des Rouches, l’association qui rassemble les différents groupes de supporters du club. « Le foot-business ne correspond pas à l’image du Standard, il faut se battre contre cette idée, embraye David des Ultras Inferno. Il y a des usines tout autour du stade. La classe ouvrière donne sa sueur pour gagner son pain et assister aux matchs ». Dans d’autres pays d’Europe, la classe ouvrière a été virée depuis longtemps. En Angleterre par exemple, le prix des abonnements est devenu inabordable pour les supporters les plus modestes, souvent les plus acharnés. On se retrouve alors avec un gentil public bien docile, assis tout au long du match et qui pousse de temps en temps des “ahhh” et des “ohhh” entre deux gorgées de Pepsi. Le Standard, lui, est beaucoup mieux loti que ses voisins européens : les prix commencent à 125 € pour la phase régulière du championnat, soit 15 matches à domicile. Personne ne fait mieux en Belgique. « Les prix sont hors marché. L’augmentation est inéluctable », affirme Didier Stevens, lucide. Faudra bien payer les carrousels à Duduche.

Japan Expo

Même optique, autre polémique : l’arrivée de deux joueurs en provenance du Japon, Nagaï et Ono, qui porte à trois le nombre de Nippons dans l’effectif pro (le gardien Kawashima est au club depuis l’été dernier). Certains n’y voient qu’un plan marketing tourné vers le Japon, où le président Duchâtelet fait des affaires dans le domaine des semi-conducteurs. Le lien est vite fait, mais la réalité est plus nuancée. « Ces joueurs ont été repérés et donc jugés bons », indique Jérôme Vidotto, journaliste sportif chez Sudpresse. « Recruter ces joueurs japonais est avant tout un choix sportif, poursuit Olivier Smeets. Et si dans un second temps, on peut bénéficier de rentrées financières en merchandising, on ne va pas s’en priver. Mais dans le foot, on ne fait pas de business avec des joueurs mauvais ». Difficile en effet de vendre aux petits bridés les vareuses de gros nazes. Une politique marketing basée sur deux pauvres japonais, ce n’est pas encore celle du PSG avec Beckham. Pour Jean-Michel De Waele, « le Standard n’a pas l’aura qu’ont les grands clubs européens en Asie. Le simple fait d’acheter des joueurs japonais ne changera pas la donne financière du club ». Les supporters, eux, restent sceptiques sur le niveau de jeu réel de ces deux joueurs. On aurait préférer voir arriver des joueurs confirmés, efficaces sur le court terme, et non des “investissements pour l’avenir”, dixit le directeur sportif Jean-François de Sart. Car si le club ne fera pas fortune grâce au merchandising, il espère bien faire une jolie plus-value en revendant ses deux jap’ à prix fort. Le site du Standard, en tout cas, est maintenant décliné en japonais. Mais pas encore en anglais. Un certain sens des priorités.