Japanimation hors normes

C’est au mois de février que revient, comme chaque année, le Festival Anima. L’année passée à la même date, Le Poiscaille était revenu sur de grands classiques de l’animation occidentale. Nous avons choisi cette année de revoir quelques perles de l’animation japonaise.

Golgo 13

Osamu Dezaki est un très grand nom de l’animaton japonaise. On lui doit notamment les films tirés de séries populaires telles que Astro Boy (1964), Rémi sans famille (1980), Black Jack (1996) ou encore Cobra (1982). Golgo 13 est un personnage immensément connu au Japon, il est un peu le James Bond local, quoique en plus sombre et moins politiquement correct.

Duke Togo est un tueur à gages célèbre internationalement dans le milieu et plus connu sous le pseudonyme de Golgo 13. Il est chargé d’assassiner Robert Dawson, héritier du magnat du pétrole Leonard Dawson. Après le contrat exécuté, Duke Togo est pourchassé par le père du défunt et ses nombreux sbires.

La principale qualité de ce film d’animation basé sur un manga populaire repose sur le charisme sombre du protagoniste. En effet, Golgo 13 ne peut qu’intriguer au maximum. Certes, tous les tueurs à gages intriguent ou font peur, mais on ne trouve un côté si impénétrable, si mystérieusement taciturne que chez ce personnage. Quelles sont ses origines, ses motivations, son but ? Rien n’est très clair, et pourtant on s’identifie à lui et on rentre à fond dans cet univers d’espionnage et de complots internationaux. Par ailleurs, signalons, à un niveau purement formel, que ce dessin animé, lors de certains passages, a recours à des images de synthèse. Malgré le fait que le film date de 1983, celles-ci sont toujours agréables à regarder, ce qui est plutôt un exploit !

Golgo 13 de Osamu Dezaki (1983). Japon. Avec Tetsurō Sagawa, Gorô Naya, Kumiko Takizawa. Disponible en DVD chez TF1 Vidéo.

Jin Roh – La Brigade des Loups

Ce film-phare du cinéma d’animation japonais est scénarisé par Mamoru Oshii, célèbre réalisateur des mythiques Ghost in the Shell (1995) et Avalon (2001). Jin Roh, oeuvre au sujet dérangeant, a reçu de prestigieux prix dans de nombreux festivals internationaux, dont celui de Berlin et celui d’Annecy.

À Tokyo, fin des années 50, de vives émeutes secouent la ville, mises en place par un groupuscule antigouvernemental appelé « La Secte ». Pour contrer ces mouvements de contestation, les autorités créent une brigade spéciale, la Posem (POlice de SÉcurité Métropolitaine). Kazuki Fuse, un des soldats de cette brigade, se retrouve incapable de tirer sur une adolescente qui portait une bombe sur elle.

La différence entre les hommes et les loups peut être extrêmement ténue. Tel est le thème abordé par ce film. Dans cette complexe histoire d’espionnage et de contre-espionnage, les manipulations, trahisons et autres complots tordus sont fréquents. Où est la place de l’humain dans tout ça ? A-t-il seulement encore une place ? Quelques questions douloureuses sont posées dans cette uchronie, comme l’éternel débat sur la différence entre résistance et terrorisme. Jusqu’où peut-on aller pour défendre une cause ? « Dans certains cas, jusqu’à l’absurde », semble répondre ce film d’animation. Par ailleurs, signalons enfin que certains passages font référence explicitement au Petit Chaperon Rouge, comme pour souligner le rapport souvent difficile de l’homme à ses propres pulsions de mort. Bref, des images troublantes doublées d’une poésie désespérée.

Jin Roh – La Brigade des Loups (Jin-Rô) de Hiroyuki Okiura (1999). Japon. Avec Yoshikazu Fujiki, Sumi Mutoh, Yukihiro Yoshida. Disponible en DVD à la Médiathèque de la Communauté française.