Une poigne de fer, mais plus de plomb dans la cervelle

Les biopics, ces œuvres cinématographiques retraçant la vie d’une figure historique ou artistique majeure, on connait. Quand Phyllida Lloyd, la réalisatrice de Mamma Mia !, s’attaque à Margaret Thatcher, la terrifiante Dame de fer, on craint le pire… A-t-on raison ? Réponse dans cette chronique.

Et ils vécurent heureux…

Un peu d’histoire s’impose en guise de préliminaires, non ? Rassurez‑vous, il ne s’agit pas ici de tenter d’aiguiser votre appétit sexuel à coups de copier-coller de Wikipédia, mais plutôt de situer un rien le contexte du plat de résistance cinématographique de ce mois de mars. Pour les incultes en politique britannique, et en très bref, Thatcher a donc exercé le poste de Premier ministre du Royaume-Uni pendant une dizaine d’années. Fille d’un épicier lui-même engagé politiquement, elle a mené le parti conservateur à son paroxysme et incarné des valeurs féministes à toute épreuve… Ou du moins, c’est comme cela que ce film nous la présente.

À deux doigts d’omettre la haine infinie qu’a nourrie le peuple envers elle pendant des décennies, la Dame de fer ne parlera pas explicitement des innombrables mesures d’austérité installées par Thatcher. Pour vous rafraîchir la mémoire, citons rapidement la grève de la faim de 100 000 mineurs anglais afin de protester contre la fermeture des puits déficitaires. Elle n’y a en aucun cas cédé. Ou encore le fameux Poll Tax, cet inénarrable impôt que même son parti a refusé. Des exemples parmi tant d’autres, qui ont foutu le boxon sur l’île roastbeef et sur lesquels les scénaristes ont cru bon de faire impasse.

À la place, cet opus débute en nous présentant une protagoniste dans la fleur de l’âge. Enfin, comprenez une vieille bique. Perdue dans un dédale mémoriel surplombé d’une démence onirique, Thatcher divague à tout-va, si bien que le spectateur se demande s’il est bien en face d’une histoire de femme politique inflexible. Elle parle au fantôme de son défunt mari et est guettée par Alzheimer. On ne serait pas surpris d’en apprendre ensuite sur ses problèmes d’incontinence. Où elle se cache, la féministe indomptable ? Ce qui est certain, c’est que Streep incarne sa tourmente à merveille. Mais cela ne suffira pas à passionner le spectateur…

On se rendra vite compte que cette fascination gériatrique des premiers instants n’a pas pour ambition de révolutionner le genre. La structure de la Dame de fer n’est en fait que plutôt classique : des flashbacks longs à la dramaturgie exacerbée, en passant par des images d’archive de l’époque. Et, surtout, tous ces procédés s’avèrent être les acteurs de l’escapade de la monstruosité dont la Maggie a pu faire preuve durant son règne.

Lloyd nous présente un film d’une complaisance à vomir à propos de la sultane de la pression fiscale, pendant que les gouvernements européens actuels revendiquent leur politique d’austérité comme la seule mesure envisageable. Quelle coïncidence ! En sortant de ce prétendu récit de la vie de la fameuse Dame de fer, l’impression de s’être fait enfler se fait nettement sentir. Présenter Thatcher comme une pauvre veuve esseulée qui n’a jamais voulu que s’affirmer politiquement est un raccourci un peu court. Rendez plutôt visite à vous aïeux, vous ferez une bonne action.

Chronique parue dans Le Poiscaille #19 (mars 2012)