Interview politique : En avant, capitaine ! (extrait)

Iceberg électoral droit devant ! Le bateau Ecolo coule, se scinde en deux, certains quittant l’épave, d’autres s’accrochant à la rambarde. À Liège, la capitaine des verts, Bénédicte Heindrichs, croit à la remise à flot. Elle entendrait presque les Liégeois l’invoquer : « À moi la terre, le feu, à moi l’eau, à moi l’air, à moi le cœur ! » Interview 100% métaphorique.

Le Poiscaille : Au lendemain des élections, vous parliez aussi d’échec idéologique…

Bénédicte Heindrichs : Je n’ai certainement pas dit que c’était un échec idéologique. L’écologie politique a tout à fait sa place et reste pertinente et relevante. Par contre, vouloir expliquer notre projet politique en trois minutes, en passant du micro au macro, sans oublier aucun aspect de notre idéologie, ça ne marche pas. Généralement, quand on commence à parler politique, il faut d’abord rétablir la base. Un tas de gens pensent que je suis aux manettes, que je gère la ville. Non, je suis dans l’opposition. Il faut d’abord expliquer cela. D’autre part, on a une vision à long terme, et pour se projeter, il faut avoir géré la question de la subsistance. Il faut des moyens de subsistance, des moyens d’éduquer et de penser. Puis on peut penser à plus tard, à autre chose.

LP : L’écologie politique n’est-elle pas dans une impasse ?

BH : Vous parlez d’échec, d’impasse… la politique ce n’est pas ça. On dit souvent qu’Ecolo n’a pas de raison d’être car tout le monde fera de l’écologie un jour. Nous ne sommes pas une impasse, on est une force. Comme dirait Sun Tzu, nous sommes l’eau qui entoure la montagne. La montagne est toujours plus forte, plus haute, elle fait toujours plus de résultat, mais nous sommes là, nous entourons les autres partis et nous contaminons, dans le bon sens du terme, un certain nombre de politiques publiques (bonne gouvernance, politique environnementale, mobilité…). Nous somme un phœnix qui revient sans cesse à l’attaque, une vague qui revient.

LP : Il faudra quand même vous décider entre la symbolique de l’eau et la symbolique du feu…

BH : Moi, j’aime tout. C’est dommage, car au-delà du phœnix et de la vague, nous sommes des gens faits de chair et d’os, qui ont des familles, qui travaillent, qui mettent toute leur énergie… ça tanne le cuir, quoi.

140825 Bénédicte Heindrichs

LP : Vous sentez un vrai désenchantement chez Ecolo à Liège ?

BH : À Liège, on a résisté. On est le village gaulois. On a résisté alors qu’il y avait Raoul (Hedebouw, ndlr), VEGA et toute la machine de guerre socialiste. On a fait un score à deux chiffres. Cela veut dire qu’en milieu urbain, là où Ecolo est plutôt fort, face à des forces politiques bien ancrées, on a résisté. On n’est pas désenchantés. On se sent comme l’avant-garde, comme les premiers escadrons du renouveau vers les élections de 2018.

LP : Côté local, les nouvelles forces en présence dans l’opposition au conseil communal, est-ce une bonne chose pour Ecolo ?

BH : On a droit à un joker dans cette interview ?

LP : Normalement non !

BH : Du point de vue de la démocratie, tout cela est plutôt sain. Le PTB est le nouveau venu, il a le vent en poupe. Mais alors que je pensais qu’on pourrait faire une espèce de front commun, ou en tout cas être suffisamment forts pour faire bouger la majorité sur certains débats, eh bien non. C’est un dialogue de sourd. Le cénacle politique, c’est un grand théâtre. Chacun doit jouer un rôle : c’est très convenu, mais il y a quand même moyen d’obtenir des choses, pour peu qu’on ait la stratégie d’obtenir quelque chose. Si ta stratégie est seulement de te faire voir ou de gratter des points à l’extérieur, tu n’obtiens rien. Je suis plutôt de celles qui veulent aller jusqu’au compromis pour faire bouger les lignes.

LP : Sur quels points n’êtes-vous pas alignés ?

BH : Il est difficile d’avoir une ligne commune au conseil. Je m’entends super bien avec Raoul, on est très complémentaires. Quand il voit l’argument clé pour communiquer ou entrer dans le débat, je lui déroule tout l’argumentaire. On est très forts pour ça en réunion des chefs de groupe. On se regarde, et c’est parti. En d’autres temps on aurait pu faire une excellente équipe. Sauf que ça nous dessert. La stratégie, à un moment donné, c’est d’aligner les troupes et d’aligner la stratégie en terme d’objectifs stratégiques opérationnels (WTF ?, ndlr). Sur des points bien précis, on peut faire une belle alliance avec François et Raoul. Mais on n’est pas alignés, car on ne poursuit pas le même objectif.

LP : C’est-à-dire ?

BH : Généralement, on est d’accord sur ce qu’on veut obtenir. Ce qui pose problème, c’est savoir comment on y arrive. Moi, je suis de la vieille garde. Quand je donne ma parole, je ne change jamais. En réunion des chefs de groupe, ce qui est dit est dit. Mes deux compères, eux, sont capables de changer d’avis. Ils considèrent qu’ils peuvent reprendre leur parole. Ça leur appartient.

Retrouvez le reste de l’interview de Bénédicte Heindrichs (ECOLO) sur le futur du parti, la « coalition suédoise » et l’écologie politique dans Le Poiscaille #40