Héro pour héros

Murder Mile, Londres. Tony et Susan échouent dans les sombres ruelles, humides et froides, d’un des quartiers les plus sordides de la capitale anglaise. Ils fuient Los Angeles et leurs démons, tentent de repartir de zéro, sans la drogue, sans l’héroïne. Mais la vie leur semble bien trop fade et la routine reprend : trouver une piaule, gagner juste assez de blé pour se payer un fix, se shooter, recommencer. Fumer, sniffer, injecter ; héroïne, cocaïne, crack, marijuana, speed, ecstasy : tout y passe. Vivre dans le présent, ne pas penser aux conséquences. Jusqu’à la rencontre de Vanessa, qui va faire confiance à Tony et lui donner la force de tourner la page sur ses années brunes.

Avec Dernière descente à Murder Mile (Down and Out on Murder Mile), on pourrait dire que Tony O’Neill s’inscrit dans la lignée des drug books, aux côtés de Requiem for a Dream de Hubert Selby, Junky de William S. Burroughs, A Scanner Darkly de Philip K. Dick, Trainspotting de Irvine Welsh ou encore Junk de Melvin Burgess. Dernière descente partage avec plusieurs de ceux-ci un réalisme radical, sans concession, qui n’épargne rien au lecteur, livrant ainsi l’expérience des drogues dures dans le moindre de ses détails les plus sordides. À la différence qu’O’Neill insiste surtout sur l’ennui qu’engendre l’addiction : « La toxicomanie, à la longue, devient foutrement ennuyeuse. C’est une routine. Même se fixer devient banal quand on le fait depuis longtemps. » Voilà pourquoi rares sont les descriptions des effets de la drogue, de l’euphorie, du sentiment de bien-être ; le sujet du livre n’est pas là. Il partage avec les autres volumes publiés chez 13e Note Éditions la place centrale accordée à l’expérience, celle d’auteurs « extrêmes sous haute tension ». Au centre, donc, l’être humain, la vie et, surtout, la vérité.

Pourquoi lire Dernière descente ? Il suffit de se rendre dans une librairie puis de « [lire] le premier chapitre. Ça ne prendra pas longtemps. Vas-y ! […] Bon, tu as fini ? Maintenant, tu sais qui je suis, ce que j’écris et ce pour quoi tu auras payé. Si ça te dégoûte, la boutique est pleine de livres écrits par les “autres” auteurs. Ne te gêne pas. »

Dernière descente à Murder Mile, de Tony O’Neill / 13e Note Éditions

Chronique parue dans Le Poiscaille #30 mars 2013