Westerns sauce spaghetti

El Chuncho, Quien Sabe ?

Nous connaissons Gian Maria Volontè pour son rôle mémorable de « L’Indien » dans Et pour quelques dollars de plus ?, de Sergio Leone. Quant à Damiano Damiani, en plus de ce western spaghetti assaisonné à la sauce révolutionnaire qu’est El Chuncho, il nous a concocté quelques petits films de mafia (quitte à rester dans les aliments, citons le fort bon Pizza Connection, sorti du four en 1985).

Au Mexique, « El Chuncho », chef d’un groupe de bandits, attaque un train pour y voler des armes, et ce dans le but de les revendre aux soldats révolutionnaires du général Elias. Un Américain, passager du train, va les aider à réaliser leur action, et du coup, gagnera le droit de se rallier à leur groupe. Mais ce « gringo » mijote quelque chose contre les guérilleros.

Cette histoire de manipulation et de trahison est l’une des meilleures qu’on ait pu voir au sein d’un western, et même de n’importe quel autre genre cinématographique, car celle-ci est orientée dans un but de dénonciation bien précis. Damiani se sert, dans la forme, d’un western se déroulant au Mexique comme métaphore pour parler des rapports entre les États-Unis et le Viêt Nam, deux pays alors en guerre à l’époque du film et dont la couverture médiatique fut marquante. Le personnage de l’Américain, en semant la discorde parmi les rebelles, aide ainsi le gouvernement d’un pays étranger à préserver la dictature en place dans ce pays. Et tout ça pour quoi ? Le fric, hombre ! Le fric, bien entendu ! « Achète-toi de la dynamite ! De la dynamite ! » est la réplique qui reste en tête après la projection. Incitation au terrorisme ou à la résistance ? À toi de voir, muchacho !

El Chuncho (Quién sabe ?) de Damiano Damiani (1966). Italie. Avec : Gian Maria Volontè, Klaus Kinski, Lou Castel. Disponible en DVD à la Médiathèque de la Communauté française en coffret avec Keoma.

Compañeros !

« Allons tuer, compagnons ! » (traduit littéralement, ok, ça sonne moins bien…) Ça, c’est un titre qui annonce la couleur ! Et celle-ci est plutôt rouge qu’autre chose, car oui, pas mal de westerns italiens sont engagés sur le plan politique, souvent par le biais de la métaphore ou de l’allégorie subversive. Sergio Corbucci est l’un de ceux qui se sert le plus habilement du genre pour tirer des idées de gauches de tous les côtés avant même que d’autres aient pu dégainer leurs idées de droite.

Durant la Révolution mexicaine, le professeur Xantos, leader charismatique des étudiants opposés au régime, est enlevé par les Américains. Un trafiquant d’armes suédois, Yodlaf Peterson, va tenter d’aller libérer le captif car il est le seul à pouvoir ouvrir un coffre dans lequel se trouve une grosse somme d’argent.La conversion progressive d’un trafiquant d’armes en défenseur du peuple contre l’oppression qu’il subit semble être le sujet principal de ce film. Yodlaf Peterson, a priori, n’est strictement motivé que par son intérêt privé et le profit maximum. Cependant sa rencontre avec « El Vasco », un guérillero qui l’accompagne dans sa recherche de Xantos, les diverses aventures qu’ils vont vivre et les périls qu’ils vont affronter ensemble vont quelque peu conscientiser le protagoniste. Ce parcours initiatique donnera peut-être le sens de la révolte à certains spectateurs. On pourrait à la limite qualifier ce western de communiste, ce qui est plutôt un comble pour ce genre cinématographique-là !

Compañeros ! (Vamos a matar, Compañeros !) de Sergio Corbucci (1970). Italie/ Allemagne de l’Ouest/ Espagne. Avec : Tomas Milian, Franco Nero, Jack Palance. Disponible en DVD en VF uniquement chez Seven 7 (version tronquée) ou en DVD zone 1 à l’import en version originale sous-titrée en anglais chez Blue Underground (version intégrale).