Édito 41 : (Il)légitime violence

Inadmissible ! Cette violence est tout bonnement intolérable. Des gens qui menacent de bloquer le pays sans laisser de chance au nouveau gouvernement, et de tout casser de surcroît ? À croire qu’ils ne respectent pas le résultat des urnes. Et ces cheminots qui lancent leur arrêts de travail intempestifs ? D’habitude, on est plutôt pour le droit de grève (quand on est prévenu trois mois à l’avance), mais là, se la couler douce le jour où on doit justement prendre le train, c’est tout bonnement SCAN-DA-LEUX. Ont-ils pensé aux usagers qui, eux, veulent faire « tourner le pays » ? Pire encore, la violence monte d’un cran quand les syndicalistes se livrent à de véritables vendettas sur les bureaux du MR, recouvrant la façade de leur siège à Bruxelles de balles de paintball. Du véritable vandalisme. Et tant qu’on y est, ces supporters du Standard jetant des sièges sur le terrain et menaçant physiquement le grand patron de leur équipe, n’y a-t-il pas plus bel exemple de sauvagerie ? Pensez aux enfants dans les stades !

violence tolérable

Lorsque les médias (et les politiques, sans les oublier) pleurnichent sur les accès de colère et les excès de violence, en appelant à un retour au calme moralisateur du haut de leur piédestal, ils suintent l’hypocrisie la plus crasse. Une double hypocrisie, même. La première est d’être totalement aveugles, dans leur traitement médiatique, aux origines de tels phénomènes. Comme si la furia jaillissait de nulle part, émanation de la folie du peuple braillard. Pas une seconde ils ne vont se poser la question des causes, tout aussi brutales, de la colère : ces mesures qui détricotent des droits sociaux, détruisent des emplois et plombent parfois des vies. Une violence sociale invisible mais bien réelle qu’on peut retrouver, dans une moindre mesure cependant, à l’échelle d’un stade de foot. Le réalisateur belge Stéphane Streker, devenu consultant sportif pour la RTBF, sera le seul à prendre un tant soit peu la défense des supporters en évoquant l’absence de dialogue et le baffouement des valeurs par des objectifs purement financiers. Malgré toutes ses précautions (« je ne cautionne pas non plus, mais… »), le reste du plateau le regardera les yeux ronds, interloqués, même s’ils savent pertinemment qu’ils font de la violence leurs gros titres. C’est cela, leur seconde hypocrisie. Bondissant de joie à l’approche d’une grève comprenant, si possible, des débordements, synonyme d’audimat et de clic, ils s’empresseront le lendemain de la condamner. Le plus grave, dans l’histoire, c’est que cette vision réductrice et faux-derche constitue le seul regard qu’ils portent sur les mouvements sociaux.