Diana Nikolic : « Je ne fais pas partie des gens qui disent “Liège, c’est le Chicago des années 30…” »

Candidate 3e pour la liste du MR Liège, Diana Nikolic l’affirme : il n’y aura pas de débat gauche/droite avec elle (lire Le Poiscaille n°22). « Il n’y a pas de gestion libérale ou socialiste des grands dossiers, comme l’urbanisme par exemple ». Ça tombe bien, PS et MR se font de l’œil depuis quelques mois en vue d’une nouvelle coalition à Liège. Le Poiscaille tente de mettre en relief les différences et similitudes entre les deux partis.

Quelles sont les lignes sur lesquelles le MR mettra ses conditions ?

On souhaite se saisir réellement du dossier de l’insécurité. Parce que l’arrestation des mendiants, par exemple, c’est purement esthétique. Et en tant que grandes villes on recueille les flux de ces gens, SDF et autres et donc il faut qu’on puisse gérer ça de manière sérieuse de la prévention à la répression. Parce qu’en tant que libéraux nous pensons qu’à un moment quand la coupe est pleine il faut pouvoir…

Le PS pense aussi cela, visiblement.

Oui mais parce qu’en ce moment, c’est la mode des sondages et la sécurité ressort comme la top priorité des Liégeois. Donc les responsables en donnent un peu pour tout le monde…

L’insécurité ne se limite pas à la mendicité.

Non c’est clair qu’il faut une vision globale : il faut prendre en compte, par exemple, la question de l’éclairage public… et aussi le sentiment d’insécurité. Moi j’ai grandi dans un périmètre de cent mètres autour de la place Cathédrale. J’étais tout le temps à pied, constamment dehors, de jour comme de nuit, je sortais dans le carré et je n’ai jamais eu de problème. Et personne dans mon entourage n’a eu de gros problèmes. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas, mais les gens qui pointent l’insécurité dans leurs priorités ne sont pas forcément des gens qui connaissent des situations d’insécurité, mais elles ont ce sentiment, donc il faut peut-être aussi travailler là-dessus. Mais bon c’est un mauvais sujet pour moi la sécurité parce que je ne fais pas partie des gens qui disent « l’insécurité Liège c’est horrible… c’est Chicago dans les années 30… ». Non, moi je trouve que c’est une ville où il fait globalement bon vivre.

Quelles sont vos priorités ?

Moi mon dada ce serait plutôt de pousser auprès du MR et de la majorité des actions très concrètes et dynamiser certains linéaires commerciaux en villes et avoir une réflexion sur le commerce en ville : on veut des grandes chaînes ou aussi des petits commerces ? Et on a des quartiers qui se prêteraient très très bien à ça. On pourrait labelliser certains quartiers selon certains types de commerces.

Il faudrait endiguer l’entrée des grandes surfaces en ville, selon vous ?

Il faut aussi des grandes surfaces, mais pas seulement. Moi je vais faire mes courses aussi à la Médiacité, contrairement à d’autres collègues, je le reconnais. Je viens aussi en ville, mais sans Belle-Île ou Médiacité je viendrais plus souvent – quoique c’est galère pour se garer.

On peut venir aussi autrement qu’en voiture.

C’est vrai, mais le problème c’est qu’on a tous des vies de fous aussi… moi je dépose mes enfants à la crèche, je vais bosser… je vais faire une course… Il me faudrait des journées de fou pour tout faire en transport en commun.

Que faire pour améliorer la mobilité dans Liège ?

Il y a les gens qui circulent dans Liège et d’autres qui viennent de l’extérieur. Pour ceux-là, on le dit depuis des années : il faut des parkings aux abords de la ville et des navettes gratuites. Nous, quand on parle de mobilité à Liège, on comprend la voiture dans le projet. C’est un rêve éveillé de se dire qu’on va exclure la voiture, ou alors on prend des mesures très, très fortes comme les Londoniens. Mais bon, le politique qui arrivera à avoir ce courage-là… Et moi de toute façon ce n’est pas ma volonté. Il y a des gens qui doivent continuer à rouler en voiture, pour des raisons, professionnelles, ou de santé. Autre proposition dans notre réflexion urbanistique : Est-ce qu’on ne peut pas envisager un parking souterrain sous le boulevard d’Avroy et faire quelque chose avec ce parc ? Et autre chose qu’y organiser des événements qui labourent le parc toutes les deux semaines ! Pourquoi faire tout au même endroit ?

Enfin, dernier sujet qu’on imagine comme clivant entre PS et MR : la gestion des squats. Vous êtes à craindre pour les squatteurs de Liège ?

Ça dépend pourquoi ces personnes squattent : parce qu’elles n’ont pas l’argent pour un logement décent ou parce que c’est une philosophie de vie ? Si elles squattent pour une philosophie de vie, le squat revient alors à occuper un bien qui ne t’appartient pas

Et qui est inoccupé…

Donc, oui, ces personnes peuvent avoir peur parce que la première chose qu’on va faire c’est lutter contre les logements inoccupés. Si on fait en sorte de faire quelque chose dans ces logements inoccupés, leurs occupants illégitimes devront les quitter. Si ces personnes squattent parce qu’elles n’arrivent pas arriver à trouver un logement. Là, c’est un problème auquel on veut s’attaquer : donner un logement aux gens c’est bien, leur donner les moyens d’en devenir propriétaires, c’est mieux. Et donc, avoir une politique du logement pour permettre au plus grand nombre de devenir propriétaire.

Dans le cas d’un squat qui occupe lieu qui n’est pas utilisé depuis des années par son propriétaire et qui en profitent pour créer une activité culturelle dans le quartier, que feriez-vous ?

Nous on peut tout envisager. Si les conditions de vie sont bien, mais top et qu’il y a moyen de les améliorer, s’il y a un vrai projet culturel, et s’il y a moyen de faire peut-être un partenariat, pourquoi ne pas envisager que la ville prenne contact avec le propriétaire — puisqu’il n’en fait rien ? Ça peut faire partie de la politique de lutte contre les logements inoccupés. Il y aura peut-être une asbl ou un subside pour encourager l’activité et créer une émulation positive autour d’un projet, qui aurait pu être considéré comme de la nuisance. Moi si je me retrouvais demain échevine du logement — c’est quelque chose qui me plairait peut-être bien aussi (rires) — je peux envisager de discuter. Ce n’est pas pour ça que ça débouchera, mais enfin, on ne va pas sortir les bottes brunes, ou bleu marine — je ne sais plus comment il faut les appeler maintenant.

Si c’est un squat insalubre de toxicomanes qui provoquent des nuisances, là non je ne vois pas comment trouver une solution.

Retrouvez également Diana Nikolic dans Le Poiscaille n° 22.

Propos recueillis par Pierre-Yves Hurel et Luca Piddiu | Dessin : Sondron