Cumul et lobbys

Avec plus d’une heure et demie d’interview, nous avons eu le temps d’aborder de nombreux sujets avec Diana Nikolic, candidate 3e sur la liste MR pour les communales liégeoises. Après l’utilité du débat gauche/droite (lire Le Poiscaille n° 22) et les différences entre le PS et le MR à Liège, place aux questions plus personnelles. Comment fait-on pour cumuler, madame la conseillère ?

Vous êtes toujours au Forum nucléaire [le lobby belge pro-atome, ndlr] ?

Non… Dans la vie, on change de boulot parfois…

Ça aurait été difficilement conciliable avec un poste politique ?

Non, ce n’était pas la question, même si ce n’est jamais simple de bosser dans le privé… Surtout dans la communication. J’avais pris la direction du Forum et j’avais un projet qui avait été avalisé. Je ne voulais pas que ça devienne un lobby pur et simple, mais une source d’information et un acteur du débat – qui amène la partie « pro » bien sûr. Il faut bien admettre que les « anti » ont trusté la parole pendant des années. C’était d’ailleurs dû à la volonté du nucléaire de ne pas entrer dans le débat…

Ça n’a pas empêché le nucléaire de progresser.

Non, parce qu’il s’agissait de décisions publiques et politiques [euh ?, ndlr]. Donc à un moment mes visions ne rencontraient plus les directives que je recevais au quotidien. Et puis je dois dire que Fukushima, même si c’est fondamentalement différent de ce qui se passe en Belgique…

Ça donnait une mauvaise image ?

Oui, enfin, je ne suis pas du genre à retourner ma veste pour ça… Mais tout ce qui s’est passé autour, les stress-test, etc. On a appris toute une série de choses et, même si globalement l’ensemble est tout à fait sûr, il y a quand même eu des éléments qui ont été mis en lumière qui m’ont mis mal à l’aise. Parce qu’on nous a toujours suriné qu’un autre Tchernobyl n’était pas possible. Et Fukushima n’est pas Tchernobyl, mais c’est un incident nucléaire. Et puis parce qu’on nous a dit que la sécurité était la top priorité et on s’est rendu compte que finalement on avait été un peu léger sur les décisions qui avaient été prises au Japon. Donc voilà, je n’ai pas retourné ma veste, je pense toujours que le nucléaire est indispensable en Belgique mais ceci, conjugué au malaise interne, ont fait que j’ai souhaité arrêter.

Dans quoi travaillez-vous maintenant ?

Après ça, j’ai cherché du boulot, dans le domaine de la communication à Liège. Mais j’ai pas trouvé parce qu’on m’a fait comprendre que ma casquette politique n’était pas de la bonne couleur et que ça faisait mauvais genre. Et je ne dis pas qu’il y a un système à la Big Brother. Et donc j’ai fini par créer ma propre entreprise de communication. J’ai commencé en janvier et ça marche très bien, et pour la petite histoire… mais ça ne l’écrivez pas. J’ai bien dit vous ne l’écrivez pas ?

Oui.

Euh ma première mission c’est chez Ce nom a volontairement été raturé, [une entreprise d’énergie, ndlr]. Dans ma boîte, je ne prospecte que des entreprises privées, par éthique. Par mon carnet d’adresses — qui est aussi politique —, j’ai des entreprises publiques qui m’ont contactée parce qu’elles me connaissent et parce qu’elles savent que je sais comment fonctionne la politique. Donc ça ne s’est pas concrétisé parce que c’était trop touchy. Ce n’est pas exclu qu’un jour je travaille pour une entreprise publique, mais j’éviterai que ce soit à Liège. Je pense que si on se met des barrières, ça peut bien se passer. Après, la question des lobbys… Moi, j’ai souvent été traitée de lobby.

De Chantal lobby…

Ça inspire directement du négatif, or le lobbying est nécessaire à la démocratie. Après, il y a ce que les hommes politiques en font. En étant passée par là, quand j’ai un lobbyiste qui vient me trouver, je fais d’autant plus attention. Maintenant quand on a des groupes qui viennent nous faire part de leurs attentes, ça peut nous aider, mais à nous de ne pas donner directement ce qu’ils veulent, mais prendre ça comme une information.

Que pensez-vous du cumul, qui est très présent aussi au niveau local ?

De notre mandat communal découle toute une série de mandats, c’est dans les statuts : il faut être mandataire. Moi j’en ai 10 ou 12. Ce sont des maisons de jeunes, l’auberge Simenon, etc. Une majorité, écrasante, est constituée de mandats non rémunérés.

Comment fait-on, en étant dans 12 conseils d’administration (CA) pour lire les rapports et prendre les décisions ?

On travaille le soir, on devient indépendant pour gérer son temps autrement…

On fait lire ses rapports par d’autres ?

Ah non non, on n’a pas de collaborateurs. De toute façon les rapports sont confidentiels. Il y a des mandats dont j’ai démissionné parce que je ne pouvais pas suivre.

Si vous arrivez dans un échevinat, vous êtes dans 12 CA, vous avez deux enfants, il faut des journées de 48 heures ?

Oui, oui. Ben moi j’ai des photos pendant mes grossesses, j’étais grise…

Ce n’est pas rassurant sur la façon dont les décisions sont prises.

Bah écoute, moi je ne peux pas parler pour les autres, mais je prépare mes CA et me tiens au courant, quitte à poser des questions qui paraissent débiles, pour comprendre pourquoi je vote. Moi aussi j’ai fait partie de ces citoyens qui se disent « Ah ouais, c’est toujours les mêmes ». Ce qui me gêne plus, c’est quand on voit certains politiques qui n’ont plus de mandats et à qui on donne des postes comme ça…

Au moins ils ont plus de temps (rires)

Oui, enfin bon. Je ne dis pas qu’ils ne sont pas tous compétents pour ça, mais ce n’est pas ça qui a été déterminant dans leur désignation. Donc moi je suis fière de pouvoir dire que de mes expériences professionnelles, au Forum nucléaire et comme indépendante j’ai pu acquérir de l’expérience.

Retrouvez également Diana Nikolic dans Le Poiscaille n° 22.