[ARCHIVES] Laurence Cuipers : Faites place, les touristes déboulent  !

Laurence Cuipers étant récemment devenue conseillère communale, nous rediffusons cet article initialement paru dans Le Poiscaille n°24 (septembre 2012).

Scandalisé par la starification que pratiquent certains médias, Le Poiscaille est parti pêcher une tête moins connue, pourtant 5e de liste cdH à Liège et présidente de la locale des jeunes  : Laurence Cuipers. On se retrouve donc un samedi matin à 10 heures au café «  Rive Gauche  », place des Carmes. Qu’on ne nous accuse pas de l’avoir malmenée, on a tout fait pour essayer de saisir son projet de société

Le Poiscaille : Le cdH semble faire campagne seul contre tous, tout le monde vous tape dessus…
Laurence Cuipers : Le cdH étant le petit parti de la majorité, l’opposition s’en prend à nous pour nous remplacer. C’est un faux combat et une petite ambition.

Ou alors c’est parce que votre bilan est mauvais  ?
L.C. : Je ne pense pas qu’il soit mauvais. On a été beaucoup sur le terrain. À chaque fois qu’il y a eu une catastrophe, ça a bien été géré… Il y a eu des places supplémentaires dans les crèches, la gare des Guillemins… Notre marque de fabrique est de bosser dans l’ombre, et on se dit que les gens vont le voir.

C’est rare en politique (rires).
L.C. : Oui, c’est rare et du coup, des fois, ceux qui font le moins ont le plus de voix, c’est triste. Les gens disent en avoir marre de la politique politicarde et ils votent toujours pour ceux-là.

Au-delà de la communication, certains dossiers ont pu choquer votre électorat «  humaniste  », comme récemment l’interdiction de la soupe populaire…
L.C. : En fait, je ne sais pas pourquoi les gens se focalisent sur cette soupe populaire, parce qu’en même temps n’importe quelle manifestation sur la place Saint-Lambert ne serait pas acceptée, c’est le cœur de la ville. D’autres voudront, disons, défendre les droits de la femme et mettre une montgolfière [ou une mongole fière ?, ndlr], et ça serait refusé, voilà.

C’est une manière de cacher la misère en vue de Liège 2017  ?
L.C. : Non, c’est plus complexe que ça. Il s’agit de ne plus le faire en voie publique. Mais bon, ça ne va rien changer, ni pour les gens qui distribuent, ni pour les gens qui prennent la soupe. Après il ne faut pas se leurrer, les gens qui viennent pour le tourisme n’ont pas envie de voir la misère de Liège non plus.

Donc on la repousse plus loin.
L.C. : Ce n’est pas qu’on la repousse plus loin, on tente de faire en sorte que Liège ait un attrait touristique, que Liège marche mieux, etc. Du coup on reçoit plus de recettes et on peut plus aider aussi.

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Au lieu de Liège 2017, ne fallait-il pas pousser Liège 2015, une initiative citoyenne  ?
L.C. : Liège 2017 ne remplace pas Liège 2015. J’aurais aimé qu’on ait les deux, mais ce n’était pas possible. Il y a d’autres villes en Wallonie, on doit partager.

Si ça se trouve on n’aura ni l’un ni l’autre (rires).
L.C. : Oui, mais Liège 2017 ne remplace pas 2015 [OK, on tourne pas en rond, ndlr]. On sait comment ça s’est passé… [Laurence fait référence aux tractations internes au PS pour que ce soit Mons, chef-lieu de Di Rupo, qui soit présenté pour être capitale culturelle en 2015, ndlr].

Comment intéresser les gens à la politique quand, lorsqu’ils ont une initiative, on leur dire «  non non, attendez, on a décidé autrement  »  ?
L.C. : C’est déplorable mais voilà, à Liège il y a énormément de projets… C’est comme pour Speed, je voulais qu’on ait le centre de haut niveau sportif à Liège. Mais il y a d’autres villes qui… [Bon, on n’aura pas notre réponse, ndlr].

Le bilan de la majorité est plutôt axé sur le tourisme et les commerces. Et donc moins de choses pour le social. Simple exemple  : les moyens de la police augmentent plus vite que ceux du CPAS.
L.C. : Oui, mais on voit bien que le sentiment d’insécurité est croissant, et ce n’est pas parce qu’on augmente les moyens de la police qu’on n’aide pas les plus démunis. La police profite à tout le monde. Une enquête a été faite par Anne Delvaux, et on voit que 90 % des gens ont peur de sortir le soir [En réalité, les résultats de l’enquête parlent de 71 %, ndlr].

Vous voulez combattre un sentiment (d’insécurité), comment faire  ?
L.C. : Demander aux policiers de faire plus de rondes, que la ville soit propre [???,ndlr], qu’il y ait moins de tags [???,ndlr]. Faire en sorte que les gens se disent qu’ils peuvent laisser leurs voitures devant chez eux et savoir que le lendemain ils auront encore des vitres.

Sinon, une proposition concrète, que vous défendez particulièrement  ?
L.C. : Je suis surtout intéressée par le soutien à l’associatif, et je suis pour qu’il y ait un guichet unique pour les démarches administratives très complexes. Donc simplifier cela, et faire des rencontres annuelles pour jeter des ponts entre les associations.

Concernant les conditions d’accès aux débats sur RTC…
L.C. : C’est prévu dans un décret ça, nan  ?

Non, en fait, la direction de RTC (dans laquelle on retrouve les quatre grands partis) a décidé de fixer comme règle unique d’avoir un élu sortant. Qu’en pensez-vous  ?
L.C. : Ah, OK. C’est dommage, car c’est le propre de la démocratie de pouvoir se présenter. Souvent, les initiatives citoyennes ont le mérite de poser les vraies questions, et c’est aux partis traditionnels de se positionner par rapport à ça. Le plus important, c’est de bloquer les partis d’extrême droite, parce que certains sondages font peur.

OK, bon et bien merci, on va y aller.
L.C. : Je vais payer vos verres.

Propos recueillis par Pierre-Yves Hurel et Luca Piddiu