Cher Poiscaille

Cher Poiscaille,

Je suis bien arrivée à Donetsk, cette charmante ville à l’est de l’Ukraine. À l’aéroport, qui sent encore la peinture fraîche, je suis un peu déstabilisée par l’accueil. – Do you speak English ?Yes. – Do you really speak English ?No. Mais je m’en fous, je ne suis pas là pour parler anglais mais pour m’imprégner de la culture ukrainienne. Ici, le kitsch soviétique se mélange à la modernité. Les bus sont des fourgonnettes qui roulent au gaz, l’eau du robinet n’est pas potable, les parcs sont joliment fleuris et un immeuble sur deux est soit en ruine, soit inachevé. Un émerveillement à chaque coin de rue.

On m’avait dit qu’il n’y avait rien à faire à Donetsk et je n’ai pas voulu le croire. J’aurais dû. Au bout de trois jours à voir la statue de Lénine sous toutes ses coutures, je m’emmerde vite, très vite. Mon unique espoir de distraction se trouve au centre commercial. Quand on entre, on est comme à la maison, dans un petit paradis de la consommation occidentale. Les Ukrainiens ont cette capacité à mettre du fric là où on ne l’attend pas, comme pour cette improbable patinoire et ce parc d’attractions au dernier étage. Je suis sûre que tu te dis, comme moi, que Lénine doit définitivement se retourner dans sa tombe.

Mais bon, on s’fait chier quand même. Pour passer le temps, je mange, je bois et je fais la sieste. J’ai tenté, pour toi, la nourriture locale : de la viande hachée aux herbes et au goût parfois surprenant (au chien errant ?), des dumplings à la patate, et de la soupe. Parfait quand il fait 40°C à l’ombre.

On m’avait dit que les Ukrainiens étaient de dangereux escrocs. Mais je n’ai croisé que des gens adorables qui voulaient prendre des photos avec moi. Ils sont fans des Français, et des touristes, si rares en cette région, alors ils n’hésitent pas à nous immortaliser. Sinon, quand on dit qu’on aime la « musica » à un chauffeur de taxi en Ukraine ça veut dire : « Vas-y, fais-toi plaisir et perce-moi les tympans ! ». Trois taxis différents, trois fois la même.

Une fois que j’ai bien transpiré en ville, je retourne au camping, à 15 km. Et là aussi c’est la fête ! Je dors sur des planches en bois et je me réveille à 4h du matin parce que je sue sous une tente en plein soleil. Et pas moyen de lire mon Poiscaille tranquille sur des toilettes à la turque. Heureusement, il y a la piscine gonflable à capote. Une chance sur deux d’attraper le sida. Challenge accepted. Le soir, les flics sont super serviables et proposent des putes aux supporters anglais. Par contre, en boîte de nuit tu aurais été un peu frustré. À part une madame en string qui danse toute seule sur un poteau métallique, il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent.

Finalement, Donetsk c’est un peu le goulag qui rencontre Koh-Lanta. On s’amuse mais on en chie. Le duty free de l’ancien terminal a soit rendu l’âme depuis longtemps, soit n’a pas encore ouvert. Tant pis, je rentre sans vodka…

Texte : Hélène Molinari | Dessin : Delucq