[ARCHIVE] La crise de l’eros

Article initialement paru dans le Poiscaille #26 en novembre 2012

Le premier week-end d’octobre fut torride sur la Cité ardente. Bien loin de la beuverie des Coteaux, le hall des foires accueillait le salon de l’érotisme. Pervers, accroc du sexe, libertin ou juste curieux, un large public était au rendez-vous. Au-delà de cet étalage de sexe, Le Poiscaille s’est invité dans les coulisses d’une formidable machine à fric.

Certains supposent que cet événement est conçu pour le pervers type de la rue Varin. Détrompez-vous. La parité y est aussi bien respectée qu’au sein du gouvernement français. De plus, le sexe a la vertu de réunir toutes les générations. Aucune limite d’âge stipulée. Les ouvreuses ne demandaient même pas une carte d’identité à l’entrée. Surprenant quand on sait que Pussy Kat, icône de Child Focus, signe des autographes un peu plus loin. “Par rapport à la campagne dont je suis l’icône à côté de Rocco Sifredi, c’était aussi pour prendre parti afin d’expliquer qu’on peut travailler dans le X et être contre la pédopornographie”, nous confie la pulpeuse star du X. Peut-être rejoindra-t-elle Jean-Denis Lejeune au cdH. Ça nous changera de Joëlle.

Un peu comme un jour de Batte, la première partie du salon se limite à une succession d’échoppes en tout genre. Gode, lingerie, DVD. Le classique du sex-shop. Une curieuse poupée attire l’attention des badauds. Dominique, patron de la firme DOMAX, propose de toucher ce surprenant mannequin. Mis à part son mutisme, la similitude avec une vraie femme est bluffante. Sept mille euros l’engin, mais pas besoin de l’emmener au resto ni de lui laisser faire les soldes. Quand on lui demande s’il a déjà reçu d’étranges commandes, Dominique répond : « Je suis prêt à faire n’importe quoi, je suis ouvert à tout type de proposition. J’ai écrit à tous les directeurs de prison du Nord-Pas-de-Calais Belgique pour vendre des poupées dans leurs pénitenciers. Si des gens violent des enfants et s’enculent, autant se servir des poupées que je fabrique. » Entre un cul de bébé et un derrière poilu, faut tout de même faire la différence.

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Une fois cette étape mercantile achevée, the show must go on. Les spectacles étaient millimétrés au poil de couille afin de ne laisser aucun répit au visiteur. Et si l’on préfère l’intimité, des cabines sont mises à dispositions pour la modique somme de soixante euros. Dès lors que l’on sait qu’une actrice amateur gagne trois cents euros pour une scène, le calcul est vite fait. À la vue de cette masse de pognon potentiel, il est légitime de se demander si une réorientation professionnelle est envisageable. À cette question, Ambre Délice, actrice amateur, nous répond par la négative. “À moins d’en faire, non pas du non-stop, mais trois à quatre fois semaine, il y a peut être moyen. Maintenant, cela dépend de la fille et de la maison de production. En vivre, ça me parait délicat”. Elle nous avoue ensuite que, dans son cas, cela reste une activité complémentaire et que, le lendemain, elle doit se réveiller tôt pour aller travailler. Dommage. L’idée était tentante.

Si la visite reste plaisante, sachez que votre portefeuille risque d’y prendre une sacrée claque. Un luxe dans la luxure. Mais le plaisir de contempler ces stars, qui peuplent nos historiques web les plus cachés, ou l’excitation de votre conjoint devant ces objets insolites, nul n’en ressort indifférent. Toutefois, attention, mieux vaut garder la bourse remplie.