[ARCHIVE] He shot me down, bank bank

Article initialement paru dans Le Poiscaille n°38 (mai-juin 2014)

Après l’agence Belfius au mois de janvier, c’était au tour de l’agence BNP Paribas Fortis de se barrer du quartier Saint-Léonard fin avril. Invités à rejoindre les agences de l’hyper-centre, les habitants sont légèrement saoulés par la disparition des services de proximité dans leur quartier (le bureau de poste de la rue Mosselman a fermé en 2008). Allez, tous en ville les feignasses !

Fin 2013, la rumeur enfle dans le quartier. Des banques vont fermer. On ne sait pas encore très bien lesquelles, mais on sent déjà l’enfumage venir. Certains annonceront même la fermeture des quatre agences, que sont Belfius, BNP Paribas Fortis, ING et Fintro. Avant de dresser les barricades et de brandir les fourches, le comité de quartier de Saint-Léonard a donc organisé, le 23 janvier, un dialogue entre les habitants et les directeurs d’agence. En réponse au communiqué de presse du comité et excités par tant de démocratie, on décide d’aller tâter le terrain.e-banking

Les bruits de couloir sont vite clarifiés : Belfius et BNP se cassent, ING et Fintro restent. Le directeur de l’agence ING a tenu à ce qu’un message soit lu à haute voix pour affirmer « qu’aucun projet de fermeture de l’agence de Liège-Nord n’était d’actualité ». Celui de la succursalle de Belfius n’était, lui, pas autorisé par sa hiérarchie à parler devant la presse (lire l’encadré). « Ils ont dû croire que toute la presse internationale était conviée », ironise Freddy Ingenito, le secrétaire du comité de quartier. Finalement, seules BNP et Fintro, qui font partie du même groupe, sont représentées.

« On est en train de créer une cité dortoir »

David Defooz, directeur de l’agence BNP, commence la justification : « La décision de fermeture vient de la direction Liège-Namur-Luxembourg. L’agence va rejoindre celle de Liège-Opéra. Mais le groupe BNP reste présent à Saint-Léonard avec Fintro. Deux agences dans le quartier, ce n’est pas indispensable. De plus en plus d’opérations sont automatisées, il y a le self, le PC banking, le contact center : c’est une vraie évolution ». La discussion tourne vite au dialogue de sourd et on commence à croire que le prochain qui balance un anglicisme va se prendre une chaise dans la gueule.

« Comment vont faire les petites vieilles qui ne maîtrisent pas l’informatique ? », lance une habitante. « Et les personnes qui ont du mal à se déplacer ? En partant, vous abandonnez les personnes en difficulté. Nous sommes mal à l’aise, c’est un service à la clientèle que vous ne rendez plus ! » Un autre embraye : « Ces départs posent le problème de la concentration des services dans l’hyper-centre. Saint-Léonard est en perte de vitesse. On est en train de créer une cité dortoir, une ville à deux vitesses ! On doit s’inquiéter de cette désertification. »

Pour la Ville, ces fermetures tombent mal. Le redéploiement des quartiers était au cœur de la consultation populaire du printemps 2013 et un pilier du nouveau projet de Ville. Le bourgmestre se dit « triste » de ces fermetures tout en affirmant que sa marge de manœuvre est « nulle » dans ces situations. « Les groupes bancaires réinvestissent dans des quartiers un peu moins défavorisés », glisse-t-il. Nous ne saurions tolérer cette suspicion dégueulasse envers d’honnêtes groupes bancaires, attachés au bien-être des classes populaires et au développement des quartiers. Un peu de respect, Willy, merde.

Julien Antoine

La géographie, c’est mon amie

Si Étienne Chrétien, le courageux directeur de feu Belfius Saint-Léonard, ne s’est pas pointé, on a quand même pu récolter une belle réaction bien propre rédigée par le service presse de la maison mère. La fermeture est donc due au fait que l’agence « se trouvait dans le même quartier que celle de la Place du Marché ». Ils ont visiblement bien bossé la géographie liégeoise. Le type qui habite au fond de la rue Vivegnis pourra en même temps faire son jogging ET aller négocier son découvert. Pas con, en fait.